prophètes, législateurset moralistes, rois et philosophes, réformateurs et docteurs;
tousles ordres de préoccupations, toutes les intuitions du génie, toutesles formes de
l'inspiration jusqu'aux discours du divin Fils del'homme sont représentés dans ses
pages; unique enfin en ce sens quetout le monde de pensées qui s'y agite et y palpite
tourne autourd'un seul objet: le dessein de Dieu, et se déroule constamment
surl'écran de l'histoire. D'abord c'est la vie aventureuse du nomadesémite, puis les
moeurs sédentaires de la vie agricole avec lesluttes mesquines entre tribus d'Israël. On
assiste à la naissance deJérusalem. A l'arrière-plan apparaît peu à peu la haute
civilisationbabylonienne. On suit la terreur qu'inspire l'approche des
premiersconquérants. On voit passer et repasser sur le sol de la Palestineles armées
formidables de l'Assyrie, de la Caldée, de la Perse, de laMacédoine et de Rome..., frémir
et se révolter l'orgueil juif sous laférule des Césars, jusqu'au jour où, pour avoir
crucifié son Messie,Jérusalem, livrée aux discordes, est emportée dans la tourmente.
Toutce drame vivant dont les scènes se succèdent et s'enchaînent avec unelogique
impressionnante et vraie, certifié siècle après siècle parles documents des milieux où il
a été vécu, voilà ce qui élève laBible à une hauteur dont n'approche aucun des autres
livres religieuxde l'humanité. La Bible n'apporte pas seulement une révélation deDieu,
elle expose une expérience humaine; elle donne le précepte etl'exemple. Ceci nous
amène à une importante constatation: on ditvolontiers dans nos milieux protestants
que les religions juive etchrétienne sont des religions qui ont à l'origine un livre
porteur dela révélation de Dieu parmi les hommes. Dans un cas comme dansl'autre,
cette manière de voir est erronée; elle est périlleuseaussi. Quand une autorité
extérieure est envisagée comme lamanifestation directe, comme l'expression de la
révélation divine, lalogique humaine exige que cette autorité se présente sous le signe
del'infaillibilité. Or, il est aussi dangereux d'en venir à proclamerl'infaillibilité d'un livre
écrit par deshommes, que de décréterl'infaillibilité d'un pontife qui participe lui aussi à
l'infirmitéde la créature. Mais Dieu n'a pas donné à son interventionrédemptrice dans
l'histoire des fondements aussi fragiles. Pour cequi est de la Bible dans toutes ses
parties, elle n'a pas été unecause, mais un résultat. La révélation à laquelle elle
rendtémoignage a existé avant elle dans la vie et dans l'histoire. Quand l'A.T. a fixé la
biographie des patriarches, ceux-ciavaient vécu, répondu à l'appel divin; ils étaient
déjà si loin dansle passé que l'historien qui nous les fait connaître a mélangé, sanss'en
douter, à leur biographie personnelle des traditions ethniques.Quand les annalistes
hébreux nous racontent la constitution du peupleélu par Moïse, toute la vie de Moïse,
son action, les révélationsqu'il a reçues, sont déjà dans le passé, au point que l'un de
sesbiographes nous décrit le tabernacle à travers les splendeurs dutemple de Salomon.
Le temps des rois nous est narré par un rédacteurqui leur reproche comme un crime
la pluralité des sanctuaires, parcequ'il est déjà trop loin d'eux pour se rendre compte
qu'avant ladécouverte du Deutéronome sous Josias, l'érection des sanctuairesétait
libre au point que de grands réformateurs comme Élie élevaientdes autels loin de