Page 100 - LES DEUX BABYLONES

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mugissements ; quelquefois des apparitions terribles étonnaient les spectateurs
tout tremblants
Puis enfin, le grand dieu, l'objet central de leur culte, Osiris,
Tammuz, Nemrod ou Adonis, leur était révélé de la manière la plus propre à
adoucir leurs sentiments et à engager leurs affections inconscientes. Voici le récit
que fait de cette manifestation un ancien païen. Il le fait, il est vrai, avec
prudence, mais cependant de manière à montrer la nature du secret magique par
lequel on accomplissait ce miracle apparent :
"Dans une manifestation qu'il ne
faut point révéler, on voit sur le mur du temple une masse de lumière qui, à
première vue, semble très éloignée. Elle se transforme, en s'agrandissant, en un
visage évidemment divin et surnaturel, d'un aspect sévère, mais ayant un air de
douceur. Suivant les enseignements de la religion mystérieuse, les Alexandrins
l'honorent comme Osiris ou Adonis
"
D'après ce passage, on n'en peut
douter, l'art magique ainsi employé n'était autre chose que celui dont on fait
usage aujourd'hui dans la fantasmagorie moderne. Ces moyens-là, ou d'autres
semblables, étaient employés aux époques les plus reculées, pour offrir à la vue
des vivants dans les mystères secrets ceux qui étaient déjà morts. L'histoire
ancienne contient des allusions à l'époque même de Sémiramis, qui impliquent
que l'on pratiquait des rites magiques pour la même raison
et comme dans
des temps plus modernes on se servait pour le même objet de la lanterne magique
ou de quelque chose de semblable, il est permis de conclure que dans des temps
fort reculés on employait les mêmes moyens ou quelque chose d'analogue pour
produire les mêmes effets. Or, dans les mains des hommes rusés, entreprenants,
c'était là un moyen puissant d'en imposer à ceux qui voulaient qu'on leur en
imposât, qui étaient opposés à la sainte religion spirituelle du Dieu vivant et qui
regrettaient encore le système qu'on avait renversé. Ceux qui contrôlaient les
Mystères, ayant découvert des secrets alors inconnus à la masse de l'humanité et
qu'ils conservaient soigneusement sous leur surveillance exclusive, pouvaient
aisément leur donner ce qui paraissait une démonstration oculaire de ce fait que
Tammuz, qui avait été mis à mort et pour lequel il y avait eu tant de
lamentations, était encore vivant et environné d'une gloire divine. Venant des
lèvres d'un homme si glorieusement révélé, ou ce qui dans la pratique était la
même chose, des lèvres de quelque prêtre invisible qui parlait en son nom, que
pouvait-il y avoir de trop merveilleux ou de trop incroyable pour être cru ? Aussi
tout le système des Mystères secrets de Babylone tendait à glorifier un homme
mort, et une fois le culte d'un mort établi, le culte de beaucoup d'autres devait
naturellement suivre. Ceci jette de la lumière sur le langage du psaume 106
, où le Seigneur reproche à Israël son apostasie :
"Ils se sont
attachés à Baalpeor, et ont mangé des sacrifices des morts."