Les arts et les sciences y fleurirent bientôt, quoiqu'on ne puisse admettre pour ces dernières, qui ne furent
pas d'abord un privilège de la caste sacerdotale, toutes les merveilles que les Grecs en ont rapportées, soit
quant à leur degré de perfectionnement, soit quant à leur nombre: il paraît que la physique et les
mathématiques furent plus particulièrement étudiées, et avec le plus de succès; peut-être aussi la
médecine, q.v. Les ruines de ses temples, les obélisques, les canaux, les impérissables pyramides,
sépulcres de tant de rois, et en général tous les produits artistiques qui nous ont été conservés de ce
peuple, témoignent que le zèle et la persévérance jouèrent un plus grand rôle dans ses arts que le goût. Le
fameux zodiaque du temple de Dendérah, transporté en France en 1821, et déjà signalé en 1806 par le
ridicule mémoire de Du-puis, ne ferait pas, s'il était authentique, l'éloge de l'astronomie égyptienne. Il
représente l'état du ciel à une époque où le point équinoxial coïncidait avec le signe de la Vierge, et qui
remonte à 15 ou 16 mille ans. S'il avait été fait de visu, d'après nature, l'astronomie égyptienne serait plus
vieille que le globe. On a reconnu depuis qu'il était de fabrique romaine, fait sous Néron ou sous
Domitien; selon d'autres, il remonterait au temps des Ptolémées.
La caste des prêtres tirait, à ce qu'on croit, son origine de quelque tribu plus civilisée venue des contrées
méridionales, peut-être aux beaux jours des Pharaons; elle se divisait elle-même en plusieurs classes,
auxquelles appartenaient les sages et les magiciens nommés dans l'Écriture, Genèse 41:8; Exode 7:11; 8:18;
9:11. Les autres castes indiquées par Hérodote (plus subdivisées que dans Diodore et Strabon), sont celles
des soldats, des bergers, des gardeurs de pourceaux, des merciers, des interprètes et des bateliers (sur le
Nil). C'est de la caste des guerriers, placée sous la dépendance des prêtres, que sortaient ordinairement
les rois dans les changements de dynastie. Les prêtres et les guerriers seuls pouvaient être propriétaires
du sol. Le métier des pères passait aux enfants, sans que personne pût changer de profession; l'artiste ne
pouvait cultiver qu'une spécialité, le médecin qu'une branche de son article. La classe des artisans était
fort nombreuse; outre la culture du sol, elle s'occupait encore de broderies, de tissage, de diverses
fabrications, et faisait un commerce étendu que les eaux faciles du fleuve contribuaient beaucoup à
favoriser, Proverbes 7:16; Ésaïe 19:9; Ézéchiel 27:7. C'est surtout avec les Indes que l'Égypte faisait de
nombreux échanges: ses vaisseaux allaient par les mers de l'Arabie et de la Perse chercher les épices,
l'ivoire et les soies de ces régions lointaines. Ils s'avançaient jusqu'à la Taprobane, la Ceylan des
modernes. Sur cette côte, les Chinois et les nations situées au-delà du cap Comorin apportaient les
marchandises à l'époque du retour périodique des flottes égyptiennes, et recevaient en échange l'or de
l'Occident.
Quant à la religion, Exode 12:12, c'était une espèce de culte symbolique de la nature, qui n'était pas le
même non plus dans toutes les parties du pays; l'astrolâtrie dominait; Osiris, Ammon, Isis, et d'autres
divinités du ciel étaient adorées; à côté d'elles on trouvait des veaux, des bœufs, des crocodiles, d'autres
animaux encore que la zoolâtrie avait divinisés comme représentants des forces de la nature. Des temples
grandioses et magnifiques leur étaient élevés dans les principales villes, Jérémie 43:12; Ézéchiel 30:13;
Thèbes renfermait un oracle célèbre du dieu des sables, Jupiter Ammon, Jérémie 46:25; cf. Ésaïe 19:1.
La langue égyptienne n'avait pas de point de contact avec les langues sémitiques; elle s'est peu à peu
ramifiée et fondue dans trois dialectes coptes, et maintenant elle est entièrement perdue, depuis près de
deux siècles. Les noms propres de l'Égypte, et quelques noms communs, nous sont conservés par la Bible
dans leur langue originale, le Nil, Yeôr, Pharaon, etc. Le copte actuel est un mélange du grec avec l'ancien
égyptien. La classe des lettrés comptait deux espèces d'écritures, l'une commune, pour le peuple et pour
le commerce de la vie; l'autre hiéroglyphique, sainte, indéchiffrable, dont M. Champollion a le premier
retrouvé la clef depuis longtemps perdue;
— Voir: Quatremère, Recherches sur la langue et la littérature de l'Égypte, Paris 1808.
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