Son Évangile est le second en date: Eusèbe dit que c'est à Rome, à la demande des fidèles de cette église,
et sous les yeux de Pierre, qu'il l'a composé. Quelques manuscrits grecs, le perse, l'arabe, et le Pseudo-
Damase dans sa vie de saint Pierre, ajoutent, en outre, que cet ouvrage a été primitivement écrit en latin,
ce qui est aussi l'opinion de quelques modernes, Selden, Baronius, Bellarmin; mais il n'est pas même sûr
que ce soit en Italie que Marc a écrit, et plusieurs auteurs, cités par Chrysostôme, portent que ce travail a
été fait en Égypte, et pour l'Égypte. Quant à la part que Pierre a prise à la rédaction de cet évangile, la
tradition est assez unanime, au point que saint Athanase, Eutyche d'Alexandrie, et d'autres pères grecs et
orientaux, ont cru que cet apôtre l'avait dicté, et peut-être écrit de sa propre main. Supposé même que
Marc eût écrit à Rome pour les chrétiens de cette ville, il ne serait pas prouvé qu'il se fût servi du latin: le
grec était connu; les deux ouvrages de Luc sont en grec, et l'épître aux Romains l'est aussi, sans que
personne ait prétendu que Paul eût dû se servir d'une autre langue que celle qu'il parlait ordinairement
en s'adressant aux païens. Il y aurait bien un moyen de décider cette question, puisque le texte original de
saint Marc se trouve encore actuellement à Venise, où il est soigneusement conservé, depuis 1564
(Calmet), dans un caveau dont la voûte est plus basse, en tout temps, que la mer voisine; mais,
malheureusement, ce manuscrit est tellement altéré et illisible, que l'on ne peut pas même en déchiffrer
quelques lettres pour voir si elles sont grecques ou romaines. Ce manuscrit (qui est peut-être tout autre
chose qu'un saint Marc) est écrit sur du papyrus d'Égypte extrêmement délicat, et Montfaucon le fait
remonter au moins au quatrième siècle. Cet auteur veut y avoir remarqué des caractères latins; mais un
autre auteur qui l'avait vu avant lui, et, par conséquent, dans des conditions meilleures et dans une moins
grande vieillesse et détérioration, croit avoir distingué des lettres grecques. Ce débat, au reste, n'a plus
d'importance, comme il ne se résoudra jamais non plus.
Quant au but que Marc s'est proposé en écrivant son évangile, on croit qu'il a eu sous les yeux le travail
de saint Matthieu, et qu'il a voulu le mettre à la portée des lecteurs païens, en retranchant tout ce qui se
rapportait trop exclusivement aux mœurs, aux espérances et aux préjugés des Juifs: il a un but plus
catholique que le premier des évangélistes, mais sa couleur, sous ce rapport, est moins prononcée que
celle de saint Luc, qui l'a suivi. Il est, avant tout, historien évangélique; il raconte ce que le Sauveur a fait,
et l'on pourrait donner, pour épigraphe à son livre, ces paroles de saint Pierre, qui fut son compagnon et
son père spirituel: «Il allait de lieu en lieu, faisant du bien», Actes 10:38. Tout est rapide dans son récit,
tout est bref, et le mot aussitôt (en grec) se rencontre neuf fois dans le chapitre premier; il dit les faits, et
omet ou abrège les paroles et les discours. Le chapitre 1 renferme déjà la mission de Jésus et celle du
précurseur, l'effusion du Saint-Esprit sur le Sauveur après son baptême, l'histoire de la tentation, la
vocation de quatre apôtres, la guérison d'un démoniaque, celle de la belle-mère de Pierre, l'évangélisation
de la Galilée, et la guérison d'un lépreux. Il ne fait guère de réflexions, et entre sommairement en matière.
Cependant, il ne s'est pas borné à compléter saint Matthieu, et à donner à l'évangile un caractère
universel; il le complète conformément à son plan, et l'on y trouve beaucoup de faits que saint Matthieu
n'avait pas rapportés, l'histoire de l'aveugle dont la guérison est progressive, celle du jeune homme
enveloppé d'un linceul, qui suit la troupe qui vient d'arrêter Jésus, quelques mots sur Simon Cyrénéen, la
pierre roulée à l'entrée du sépulcre, etc., ainsi qu'un grand nombre d'observations de détail qui donnent
du relief à l'action, et trahissent le témoin oculaire qui a dirigé l'auteur,
— Voir: ρ, ex. 1:13,20,29,33,35,45; 3:5-6; 4:26; 5:5,13,26; 6:13; 10:46,50, etc.
Il ajoute quelques traits de la vie de saint Pierre, et en omet d'autres qui seraient à l'honneur de cet apôtre,
Matthieu 16:16; 17:24. Il ne le nomme pas, non plus que Matthieu, dans l'anecdote de Malchus.
On ne peut rien déterminer sur l'époque de la rédaction: au dire d'Irénée, saint Marc n'aurait écrit
qu'après la mort de Paul et de Pierre; mais, comme la mort de Pierre n'est pas connue, cette vague
indication ne suffit pas, et l'on doit, avec Valois, Heidegger, Calmet, consentir à ne rien décider.
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