Page 83 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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Plus étrange encore à nos mœurs que la précédente, cette loi qui, sans doute, fut aussi moins
religieusement observée, avait une portée plus nationale encore et plus théocratique, en même temps
qu'elle avait pour but d'empêcher une trop grande inégalité des fortunes de s'introduire à la longue au
milieu des Hébreux. Nous avons indiqué déjà son rapport avec l'institution du sabbat. Dieu lui-même
avait donné aux Israélites la terre qu'ils habitaient, et il ne pouvait pas permettre qu'ils l'oubliassent. «La
terre est à moi», dit-il Lévitique 25:23, et les Hébreux n'étaient que ses fermiers; s'ils eussent pu disposer à
tout jamais des propriétés qui leur étaient confiées, ils eussent pu s'en croire les maîtres, et c'est re que
Dieu voulait empêcher. À cet égard la loi du jubilé était donc une loi fondamentale, et reposait sur cette
idée, base de la constitution israélite, c'est que Dieu ne traitait son peuple que comme des étrangers sur la
terre, et qu'il leur refusait le droit de posséder.
Mais que devenait l'Hébreu que la misère avait forcé de vendre son champ?La modique somme qu'il en
avait retirée devait être insuffisante pour l'entretenir lui et sa famille pendant le temps où il en était privé,
et il était quelquefois obligé de se vendre lui-même, mesure pénible qui n'imprimait cependant aucune
flétrissure sur celui qui y était réduit, et dont l'Éternel avait adouci l'amertume en lui donnant le droit de
se racheter en l'année sabbatique, s'il le désirait, et en l'affranchissant nécessairement lorsque l'époque du
jubilé venait lui rendre sa richesse première, ses propriétés, et abolir ses dettes. Cet affranchissement,
comme le retour des propriétés à la famille de l'ancien possesseur, marquait encore la puissance de Dieu,
et la dépendance de la créature. Aucun homme ne peut en posséder un autre, «car ils sont mes
serviteurs», dit l'Éternel, Lévitique 25:42. Ils sont mes serviteurs, mes esclaves, et ne peuvent être
possédés par personne; ils peuvent se mettre au service d'autrui pour un temps, mais personne ne peut
réclamer sur eux des droits de propriété que moi seul je possède, moi l'Éternel. Par là même, chaque
Hébreu conservait, avec sa liberté, le sentiment de sa dignité; la servitude n'avait rien de dégradant, parce
qu'elle n'était que temporaire et en quelque sorte volontaire: l'esclave restait Hébreu, fils d'Abraham, et le
maître, sachant que le terme n'était pas éloigné où les fortunes redeviendraient égales, où son esclave
redeviendrait libre comme lui-même, n'était pas tenté d'abuser d'une autorité qu'il savait n'être pas
éternelle, et se rappelait que son serviteur était en même temps son frère. La différence des rangs ne
devait donc pas s'établir d'une manière stable et permanente, et ne pouvait se trancher au-delà de
certaines limites.
Cette loi empêchait encore une trop grande disproportion des fortunes. Les terres, primitivement
partagées par égales portions entre les familles hébraïques, ne pouvaient en sortir que pour un temps, et
devaient, chaque année jubilaire, retourner à leur premier maître, ou aux héritiers de ses droits et de son
nom. C'était une entrave à la possibilité d'acquérir de grandes richesses: tous les cinquante ans le niveau
repassait sur le pays. De plus, comme ces achats de terre n'étaient à proprement parler que des baux à
longs termes, la terre n'avait pas une aussi grande valeur que si la vente en eût été réelle, effective;
l'acheteur n'achetait pas grand chose, et le vendeur ne retirait pas de sa propriété de quoi s'enrichir: il ne
pouvait y avoir grande spéculation ni chez l'un, ni chez l'autre.
Enfin, par cette institution, les terres des diverses tribus leur étaient conservées; le cœur et le nom de
chacun se rattachaient constamment à cette glèbe héréditaire, qui pouvait servir aux Hébreux de titres
généalogiques; de sorte que la famille de Christ, comme celle de tout Juif, étant intimement liée à la
possession d'une propriété, il était facile d'en suivre les traces et d'établir avec certitude la filiation de
chacun jusqu'aux générations les plus reculées. On sait combien les Juifs tenaient à leurs généalogies, et
l'on sait aussi pourquoi. La famille du Messie habitant à Nazareth, avait ses titres et ses propriétés à
Bethléhem: c'est là que la famille de David dut se faire enregistrer lors du dénombrement de César-
Auguste; Joseph et Marie descendirent au lieu de leur naissance, et pendant ce voyage notre Sauveur
naquit au lieu même que les prophètes avaient annoncé.
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