Page 937 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

Version HTML de base

solidement conquis; que si Pierre eût légué des dons à l'Église de Rome, cette Église n'eût pas tardé à les
perdre, ayant évidemment prouvé qu'elle était indigne d'être l'héritière de ce saint apôtre; enfin, que si
jamais elle a eu des droits à cette succession, elle en a toujours fait un mauvais usage, etc., etc. On ne
répond à une erreur raisonnable que par une seule raison; à des échafaudages d'absurdités, il y a des
milliers de réponses à faire, et la source n'en tarit point; la primauté de saint Pierre, sa papauté, appartient
à cette masse de faits dont l'Église romaine a eu besoin pour établir un pouvoir spirituel immense; et non
contente de cette usurpation, elle y a joint, en manière de petits profits ignorés des premiers siècles, le
droit de disposer des couronnes, des royaumes et des peuples, droit qu'elle a exercé de la manière la plus
barbare et la plus criminelle, et qu'elle exercerait encore si, peu à peu, la lumière n'était venue en bien des
lieux protester contre ces ténèbres abrutissantes et rendre à chaque individu les droits qui lui
appartiennent par la grâce de Dieu. Que M. de Chateaubriand nous montre donc «ce prince d'une espèce
nouvelle dont les successeurs étaient appelés à monter sur le trône des Césars, entrant dans Rome le
bâton pastoral à la main», on comprendra son langage comme celui d'un loyal sujet du Saint-Siège,
comme une fleur de plus jetée au milieu de ses magnifiques Études Historiques, mais l'on n'y trouvera ni
l'exactitude de l'historien, ni l'esprit d'un théologien, ni le langage et la foi d'un chrétien. M. le comte
Joseph de Maistre, avec un sérieux parfois héroï-comique, a traité dans son livre du Pape plusieurs des
questions relatives à saint Pierre dans ses rapports avec le Saint-Siège; il était difficile de faire avec autant
d'esprit un livre aussi peu intelligent, aussi bizarre, aussi faux; et le dix-neuvième siècle a été surpris de
cette apparition; c'était comme un revenant du onzième siècle.
— Pour l'examen des prétentions historiques, théoriques et théologiques de l'Église romaine, nous
n'avons rien lu de plus solide parmi les ouvrages modernes que les deux Dissertations de A. Bost, père,
sur le Droit des Papes, l'Appel à la conscience des catholiques romains du même auteur, l'Anatomie du
papisme par N. Puaux, et un sermon de M. Vinet, intitulé Simon Pierre.
— Ajoutons seulement, et c'est une observation dans tous les cas intéressante, que les protestants ont
pour saint Pierre un respect plus réel, plus sincère que les papistes; nous croyons, en effet, avec le grand
apôtre «qu'il n'y a de salut en aucun autre qu'en Christ, et qu'il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui soit
donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés», Actes 4:12; l'Église de Rome pense autrement.
Nous disons encore avec saint Pierre: «Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as estimé que le don de
Dieu s'acquiert avec de l'argent», Actes 8:20; l'Église de Rome, au contraire, favorise et pratique la
simonie. Nous croyons que ce n'est point le baptême qui sauve, mais la recherche que fait de Dieu une
conscience pure, 1 Pierre 3:21; l'Église de Rome refuse l'inhumation aux enfants morts sans baptême.
Pierre refusa l'adoration de Corneille, Actes 10:26; ses prétendus successeurs la réclament, y compris des
baisers pour leurs pantoufles. Nous croyons enfin avec saint Pierre, que dans le temple de Dieu sur la
terre, dans son Église, il n'y a qu'une pierre fondamentale qui est Christ, et que tous les chrétiens entrent
dans la construction de l'édifice comme autant de pierres vives, 1 Pierre 2:4-5; Rome, au contraire, estime
qu'il n'y a qu'une pierre, et que cette pierre c'est Pierre.
— Mais assez.
f.
D'après ce qui a été dit plus haut, comme aussi d'après la simple lecture de l'Évangile, on peut se
faire une idée assez exacte du caractère de l'apôtre. Vif, bouillant, entreprenant, résolu, dévoué, mais se
confiant trop en lui-même, il a trouvé dans ses dispositions naturelles les causes de sa grandeur et de ses
chutes. Ces caractères agissent plus qu'ils ne vivent; ils sont plus capables de grandes actions que de
persévérance, et la vigilance n'est pas leur côté fort; moins homogène que saint Jean, Pierre a paru
davantage, il a peut-être fait davantage, mais il n'a pas été aimé de son maître comme l'apôtre de la
charité. Dans une circonstance solennelle, dans un interrogatoire en forme, Pierre n'eût peut-être pas
renié son maître; il eût veillé. Devant un simple interrogatoire, devant une servante dont les questions
importunes ne lui paraissent pas dignes de réponse, il le renie; il le renie parce qu'il ne veut pas se laisser
935