Page 99 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

Version HTML de base

lui ait donné le nom d'Arabie soit parce qu'elle est à l'occident de l'Asie, soit à cause du mélange, à cause
de la variété des tribus qui l'habitaient, soit enfin à cause de la stérilité du pays, le mot Arabie pouvant
signifier ces trois choses.
— On y trouvait Guérar, Kadès-Barné, Lakis, Béersébah et le mont Sinaï.
2.
L'Arabie Déserte, en partie au sud de l'Arabie rocheuse, en partie s'étendant à l'est de Canaan,
comprenait les pays de Hammon, de Moab, de Madian, la contrée des Ituréens, celle des Hagaréniens, et
probablement aussi le pays de Huz: c'est là qu'on trouve surtout ces affreux déserts qui font avec leurs
caravanes légères la réputation de l'Arabie; des hordes sauvages et quelques bêtes féroces, moins
redoutables pour les voyageurs, en sont les seuls habitants.
3.
L'Arabie Heureuse, au sud des deux premières; contrée délicieuse et fertile, riche en parfums de
toutes espèces. Selon quelques auteurs, la reine de Séba, aurait étendu sa domination jusque-là.
Toutefois, et malgré tout ce qu'il peut y avoir de tranché dans les différences qui séparent ces trois
grandes provinces, elles ne forment effectivement qu'un seul tout, un même pays, avec de fortes nuances,
mais avec une unité plus forte encore, et des caractères communs qui ne permettent pas de les séparer. Le
climat en est sec et chaud, l'ardent Simoun y souffle presque continuellement, les nuits y sont fraîches, les
sources rares, les rivières peu abondantes, les montagnes nombreuses mais sans végétation; quelques
eaux souterraines, conduites avec art, et conservées avec soin par les Arabes, donnent une grande fertilité
aux oasis clairsemées dans les déserts. On pêche les plus belles perles sur les côtes méridionales du golfe
Persique. Le climat, généralement salubre, rend cependant les ophthalmies fréquentes et dangereuses.
Des lions, des chacals, des hyènes, des panthères, des léopards sont la plaie des troupeaux; les sauterelles
sont la plaie des lieux herbeux et des oasis; l'autruche nourrit quelquefois de ses œufs les voyageurs ou
les Bédouins. Le millet et les dattes sont la principale ressource contre la faim. Les caféiers, l'aloès,
l'acacia-gommier, l'encens, la manne, la myrrhe et le séné se trouvent en abondance au midi du désert et
sur les côtes. Les moutons que l'Arabe nomade fait paître dans les plaines du Nedjed près de l'Yémen et
jusqu'à l'Euphrate, donnent leur lait et leur viande à ceux qui ne vivent pas de pillage. Les chevaux arabes
sont célèbres par leur beauté et la rapidité de leur course; ils ont leurs généalogies, leurs titres de
noblesse, leur histoire et leurs rivalités. Enfin le chameau, la merveille du désert, l'idole de ses maîtres, et
le chef-d'œuvre de la création pour ces peuples abandonnés, leur tient lieu de vaisseau pour traverser les
sables; son poil les habille, son lait et sa chair les nourrit; sa compagnie les charme, il aime la musique, il
dresse la tête au son du fifre ou du tambour; chargé de masses pesantes il fuit avec la rapidité de la flèche,
et transporte, sans se fatiguer, des familles, des marchandises, ou des guerriers, ne demandant qu'une
poignée de farine toutes les vingt-quatre heures, et une source tous les huit jours; sa fiente même sert à
l'Arabe, et remplace le bois si rare et si coûteux. Enfin, près de périr de soif au milieu des sables et des
rochers, le maître tue son serviteur et trouve encore, dans ses quatre estomacs, une source qui le rend à
l'existence. C'est ainsi que, par sa sobriété, son courage et ses nombreux services, le chameau se fait
pardonner sa laideur, et l'Arabe l'aime à l'égal de ses nobles coursiers.
L'Arabe est passionné de la liberté; son gouvernement est patriarcal, jamais il n'en a voulu d'autre, on n'a
pu l'asservir. Mais les querelles des tribus sont quelquefois sanglantes. Brigands entre eux, et barbares
pour les étrangers, ils sont hospitaliers pour celui qui vient réclamer leur tente et leur pain mal cuit: leur
ennemi le plus cruel peut dormir en paix si quelque circonstance fortuite l'a amené sous le toit de celui
qui le hait; mais la vengeance relève la tête aussitôt que l'hôte est sorti de la maison.
L'Arabie heureuse doit avoir été peuplée essentiellement par la nombreuse famille de Joktam, descendant
de Sem; les deux autres Arabies furent d'abord habitées par les Réphaïms, les Émims, les Zamzummims,
les Hamalécites, les Horites, et autres descendants de Cus, l'aîné des fils de Cam. Les Cusites en furent
insensiblement dépossédés par la postérité de Nacor, Lot et Abraham. Ismaël s'établit d'abord dans
l'Hedjaz, et fonda les douze puissantes tribus des Nabathéens, des Kédaréens, etc., Genèse 25:13-15, qui
s'étendirent peu à peu de manière à occuper tout au moins les contrées septentrionales du pays: les restes
97