au font desquelles se trouvait une coupable faiblesse, avait laissé vivre ce neveu qui, chéri de l'armée,
était «trop puissant pour lui.» Joab avait d'ailleurs mis le comble à ses crimes, en participant à l'entreprise
d'Adonija. David ordonne à Salomon de faire justice.
— David, comme homme, avait pardonné à Simhi, et l'avait laissé vivre en paix tout le temps que lui-
même avait vécu; maintenant qu'il va mourir, qu'il n'a plus rien à faire avec les passions de la terre, qu'il a
entièrement et jusque au bout donné la preuve de la sincérité de son cœur en pardonnant, il peut laisser
venir le tour de la justice, et faire châtier par le roi son fils un crime contre la royauté. Sa conduite envers
les meurtriers de Saül et d'Is-Boseth montre la droiture de son caractère dans les affaires de ce genre, et
prouve que son unique préoccupation était le châtiment d'un sujet rebelle, sans qu'il s'y mêlât aucun
sentiment de rancune personnelle.
Le rôle de David, dans l'histoire du peuple d'Israël, a été capital. Il est le fondateur de la royauté
théocratique. Il a été ce que Saül aurait pu, mais n'a pas voulu être. La fondation de la royauté était une
déviation du principe de la théocratie; cette déviation devait trouver son correctif dans le caractère
personnel du roi et dans l'esprit de la royauté. Saül, demandé par le peuple, s'est trop souvenu de
l'origine de sa puissance; il a tout sacrifié à la popularité. Ce fut la source de ses désobéissances et la cause
de sa réjection. David a été l'homme selon le cœur de Dieu; il a été roi de la part de Dieu, pour diriger le
peuple dans les voies divines, non pour complaire au peuple, et par une fatale complaisance l'égarer loin
de Dieu. C'est là le trait saillant qui distingue les deux rois et les deux royautés. Celle de Saül (q.v.) a été
mondaine, celle de David a été sainte. À ce titre il a été type du Messie, et il a eu l'honneur d'être le
dernier des patriarches, ancêtres désignés du Sauveur.
L'œuvre de David, comme prophète, n'a pas été moins importante. Sans parler des prédictions
nombreuses et détaillées relatives au Christ, qui sont répandues dans les psaumes; sans parler de cet
admirable recueil auquel son nom se rattache, et dont il a écrit la plus grande partie (— Voir: Psaumes), il
fut l'auteur d'une révolution importante dans le culte mosaïque, révolution correspondante à la
construction du temple qui a été son œuvre, autant et plus peut-être que celle de Salomon. Depuis la mort
d'Héli, l'arche ne se trouvait plus dans le sanctuaire, et le culte n'était plus qu'imparfaitement célébré. Il
n'a même pu l'être de nouveau d'une manière complète que dans le temple où il a été restauré avec une
splendeur inconnue jusqu'alors: David a d'avance organisé le service et les fonctions des lévites, qui,
n'étant plus chargés du transport d'un tabernacle longtemps errant, désormais fixé, devenaient
disponibles pour d'autres fonctions. Celles de gardiens et de chantres leur furent dévolues. Cette fonction
de chantres qui coïncide avec la première formation du Psautier signale l'introduction de l'élément de
l'édification directe, qui d'abord se mêle au culte typique, pour le remplacer presque entièrement plus
tard. Le symbole, à peu près la seule forme du culte sous Moïse, fut aux différents âges de l'église
judaïque, successivement mélangé avec la parole qui, sous le christianisme, occupe le culte presque
entier, et n'a laissé au symbole qu'une place, éminente il est vrai, mais restreinte dans ce qu'on appelle
d'ordinaire les sacrements.
Tel a été David, homme d'une haute intelligence, d'un noble caractère, d'un cœur chaud et dévoué. Sur
tous les trônes et dans tous les temps, il eût été un monarque distingué, le héros de son peuple. L'histoire
profane, étrangère à l'austère simplicité du style biblique, n'eût pas manqué d'exalter ses rares vertus, sa
gloire et ses triomphes; elle eût caché ou pallié ses chutes. Il ne pouvait en être de même dans le récit
inspiré, car c'est à Dieu seul qu'appartient la gloire; la Bible a été écrite pour nous donner des exemples à
suivre et non des hommes à idolâtrer. Mais, pour qui sait apprécier les choses, pour qui accompagne
David d'un œil clairvoyant au milieu des vicissitudes si diverses d'une carrière longue et remplie, pour
qui lit dans les mouvements de cette âme si droite, si chaleureuse, souvent si grande dans ses premiers
élans, si habituellement dirigée par la pensée et l'amour du Seigneur, l'éloge biblique si remarquable qui
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