Page 55 - LE POISON SUBTIL DE LA TOLERANCE

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conçue
faussement
comme
«manque
d'endurance». Mais le sens évolue de manière à
charger d'un sens moral ambigu la «patience par
laquelle on souffre ou dissimule quelque chose».
«La tolérance qu'on a pour les vices est cause
de leur augmentation»
, remarque ainsi le
Dictionnaire de Furetière de 1690, qui entérine
de la sorte la conviction, exprimée par Bossuet,
d'un «poison» possible de la tolérance: si vous
souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs
divins (la spiritualité et l'immutabilité), de l'un à
l'autre on vous poussera sur tous les points; et,
dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout
le poison de la tolérance (Bossuet, p. vi ; je
souligne). La tolérance a donc d'abord concerné
l'individu dans sa pure solitude: les seuils de
tolérance sont fonctions à la fois de l'intensité de
la souffrance physique et morale et de la force de
la volonté qui est esclave de la chair et du péché.
C'est seulement ensuite que le sens s'est spécifié
dans le registre religieux, ou plutôt politico-
religieux, comme en témoigne l'Édit de Nantes
ou de tolérance de 1598: tout le problème est