La forme de ce bâtiment était un grand carré long, avec un fond plat, et un toit légèrement incliné; il
n'avait ni voiles ni cordages, et ses deux extrémités n'étaient point taillées de manière à fendre les eaux;
l'arche n'était point faite pour voguer, mais pour flotter seulement, et pour surnager, et sa disposition
offrait la plus grande résistance possible aux courants et à l'agitation des eaux; elle n'aurait pu que très
difficilement se voir entraînée dans les mers, il ne faut pas oublier que l'Éternel lui-même s'était chargé
d'en être le pilote.
L'arche avait 300 coudées de long, 50 de large, et 30 de haut, c'est-à-dire environ 162 mètres de long, 27 de
large, et 16m,20 de haut, soit plus de 70,000 m, cubes; en sorte qu'elle était calculée de manière à pouvoir
porter plus de 80,000 tonneaux, soit 80,000,000 kilogrammes.
Elle était divisée en trois étages, le fond de comble non compris, chacun desquels, déduction faite des
planchers, devait avoir 4 à 5 mètres de hauteur, et se distribuait sans doute en un grand nombre de loges
et de compartiments. Il est à présumer aussi que ce bâtiment était construit de manière à recevoir du jour
et de l'air par les côtés, et qu'il y avait par-dessus le toit quelque grande couverture en peau, qui,
s'abattant par devant les croisées, empêchait l'entrée de la pluie; mais cette circonstance, comme tant
d'autres qui regardent le détail de la construction, peut avoir été passée sous silence. Ce serait en écartant
cette espèce de contrevent que Noé aurait reconnu la fin du déluge, 8:13.
Le grand cheval de bataille des incrédules contre cette histoire miraculeuse, c'est l'impossibilité prétendue
de loger dans l'arche un aussi grand nombre d'animaux. Pour rendre l'objection plus forte, il n'y a qu'à
faire l'arche aussi petite, et le nombre des animaux aussi grand que possible; mais il y a des limites à tout,
même à la valeur des objections. L'arche était un édifice immense, et tel qu'il n'y a guère de grand temple
en Europe qui présente une masse à lui comparer. Quant aux animaux, il est sûr, puisque Dieu se
proposait simplement d'en conserver les espèces différentes, qu'il n'aura pas fait entrer dans l'arche des
subdivisions de ces espèces, provenant de croisements successifs, mais seulement les espèces primitives
et principales. Or, si l'on porte à 130 ou 140 le nombre des espèces bien tranchées de quadrupèdes qui
vivent sur la terre, à 160 celui des oiseaux, et à 30 ou 40 celui des reptiles qui n'ont pu se réfugier sous le
sol et y demeurer dans un état d'engourdissement, comme cela peut avoir eu lieu pour les serpents,
l'arche se trouverait avoir été plus que suffisante pour contenir tous les animaux qui durent y entrer, avec
la nourriture nécessaire à tous pendant une année. D'ailleurs, s'il y a de gros animaux, il ne sont pas tous
gros: on n'en connaît que six espèces plus grandes que le cheval; il y en a peu qui soient aussi grandes, et
il y en a un fort grand nombre qui sont au-dessous de la brebis. Le premier étage à lui seul aurait reçu
tous les quadrupèdes; au second aurait été leur nourriture; et le troisième présente assez d'espace pour
loger les oiseaux et les reptiles, puis Noé et sa famille avec les provisions nécessaires. Des calculs très
détaillés et très exacts ont amené là-dessus les résultats les plus satisfaisants, qu'il n'est pas difficile de
vérifier. En outre, la position particulière et tout exceptionnelle où se trouvaient les animaux, aura influé
sur leurs rapports entre eux (rapports du reste que nous ne connaissons pas pour les temps
antédiluviens), comme aussi sur leurs rapports avec l'homme, de manière à faciliter beaucoup les soins
qu'on était obligé de leur donner. On objecte de même souvent, qu'à cette époque peu avancée de
l'industrie, il était presque impossible de construire un bâtiment d'une telle grandeur, et de le mettre en
état de résister aux vagues de l'Océan universel. Mais l'antiquité tout entière, même la plus reculée, a pris
soin de répondre à cette objection. L'industrie s'est développée bien longtemps avant le commerce,
presque en même temps que l'agriculture, et nous possédons dans les pyramides, et dans les ruines les
plus anciennes des pays classiques, le témoignage irréfutable d'un vaste esprit d'entreprises, et d'une
connaissance étonnante et profonde de la mécanique et des autres arts, chez les hommes des siècles
passés. Le grand temple de l'Inde percé dans une montagne, et le mur de la Chine, sont d'ailleurs des
travaux bien autrement gigantesques, et Dieu n'en a pas été l'architecte et l'ordonnateur, comme il le fut
de l'arche destinée à faire surnager ses huit sur le chaos et les débris d'un monde qui allait cesser d'être.
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