Le but de l'auteur est de détacher les chrétiens judaïsants des formes extérieures auxquelles ils continuent
d'accorder encore trop d'importance. Quoique les Juifs convertis crussent bien à la doctrine fondamentale,
du christianisme, savoir que Jésus de Nazareth était le Messie promis, cependant plusieurs d'entre eux ne
comprenaient pas bien que son règne différât en plusieurs points de l'économie de Moïse, et surtout ils ne
pouvaient pas se faire à l'idée que, pour accomplir cette loi en esprit, le Messie l'abolirait dans ses formes.
La loi de Moïse avait été virtuellement abolie par la mort de la grande victime expiatoire, mais par
tolérance, par égard pour la faiblesse de conscience de quelques Juifs convertis, on leur avait accordé
encore la permission d'observer les cérémonies particulières de cette loi, pourvu qu'ils ne les imposassent
pas comme un joug aux gentils, et qu'ils n'y cherchassent pas pour eux-mêmes leur justification, ou un
degré plus élevé de sanctification. Mais, malgré ces réserves, l'expérience montra que cette indulgence
temporaire n'avait pas été heureuse, car au lieu de croître clans la connaissance de Christ comme fin de la
loi et source de la justice, ils continuaient à être zélés pour la loi cérémonielle, Actes 15, et 21, et à se
confier plus ou moins en leurs oeuvres comme moyen de salut, ce qui les retardait dans la connaissance
de l'Évangile, Hébreux 5:12-14. C'est à ce sujet que l'apôtre crut devoir leur écrire pour les détourner de ce
dangereux formalisme; il s'applique essentiellement à établir cette grande vérité générale, que l'économie
mosaïque n'était qu'une économie inférieure, d'attente et de figures, qui devait être et qui est remplacée
par l'économie supérieure des réalités, les prêtres et la loi ancienne étant infiniment inférieurs au Grand
Prêtre et à la loi de la nouvelle alliance, et ne leur ayant servi que de types, comme cette loi elle-même en
rendait témoignage. L'Épître aux Hébreux est une lettre, et non point un traité, comme pourraient le faire
croire ce plan méthodique et régulier que l'on y trouve, ce style calme et travaillé, cette marche soutenue
et cette pensée logique qui en font aimer la lecture à chacun. Les allusions à des faits de détail, et les
salutations prouvent que c'était une lettre. On peut cependant la considérer aussi comme un traité sur les
rapports de l'ancienne et de la nouvelle alliance, et cette question n'importe pas. Une question plus grave
a été soulevée, déjà fort anciennement, sur l'auteur de cette épître: mais disons-le de suite, ce n'est pas une
question d'authenticité ou d'inspiration, c'est simplement une question d'auteur. Des théologiens pieux
peuvent admettre, et il y en a qui le font, notamment Luther et Calvin, que l'épître aux Hébreux n'a pas
été écrite par Paul comme on le croit généralement, et il faut avouer qu'aucun témoignage inspiré
n'appuie la paulinité de cette épître, et qu'elle-même ne porte aucun nom d'auteur (le nom de Paul n'a été
ajouté au titre que beaucoup plus tard). Ces théologiens acceptent comme inspirés tous les livres du
Canon, et c'est pour eux quelque chose de peu essentiel que tel ou tel livre ait été écrit par tel ou tel
disciple, apôtre ou prophète. C'est le seul point de vue à la fois raisonnable et conforme au respect que
l'on doit à la parole de Dieu: quelques orthodoxes à vues étroites, ont oublié quelquefois que ce n'est pas
la paulinité qui importe, mais la divinité, et ils ont appelé rationalisme l'opinion qui attribue cette épître à
Apollos, Barnabas, Clément Romain, ou Luc: c'est compromettre en pure perte et par une mesquine
obstination, l'inspiration même des saints écrits.
Mais cela étant dit, si nous en venons à la question de fait, il nous paraît que la paulinité doit être
maintenue. Les arguments historiques sont faibles de part et d'autre, mais faibles surtout chez ceux qui
nient la paulinité, ce que plusieurs font par des raisons essentiellement intérieures et dogmatiques. Saint
Paul n'ayant pas mis son nom en tête de sa lettre, sans doute pour ne pas effaroucher des lecteurs très
prévenus contre lui à cause de son radicalisme en religion, il n'est pas étonnant que les auteurs nombreux
qui ont cité cette épître, aient eux-mêmes négligé d'en nommer l'auteur, et l'on ne peut rien inférer de ce
silence. La recherche et l'examen des témoignages historiques n'appartient pas au travail actuel, et cette
question si compliquée ne saurait être résolue que dans une dissertation spéciale. Ajoutons seulement
que si l'on n'adopte pas l'opinion de Bèze sur la paulinité, l'opinion la plus raisonnable serait celle de
Hug, qui veut que Luc ait été le secrétaire de Paul en cette occasion; peut-être aussi celle d'Olshausen qui
pense que l'épître n'a pas été écrite au nom d'un individu, mais au nom d'une Église où Paul se trouvait
présent; l'apôtre l'aurait lue et approuvée et y aurait ajouté une apostille de sa main.
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