Page 689 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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de goût, et même, suivant quelques auteurs, une saveur irritante et sensuelle. Les Hébreux le préparaient
comme on le fait ordinairement chez nous, en laissant reposer la pâte deux ou trois jours jusqu'à ce qu'elle
s'aigrît; d'autres fois, et pour obtenir plus vite du levain, ils pétrissaient la farine avec de la lie ou du moût
de vin. S'ils étaient extrêmement pressés, ils faisaient leurs pains sans levain, Genèse 19:3; Juges 6:19,
comme le font encore de nos jours les Arabes bédouins. L'emploi du levain était expressément interdit
aux Hébreux pendant les sept jours de la Pâque, Exode 12:8,15,20; 13:3,6, et ils ne pouvaient pas même
offrir à Dieu des gâteaux levés ou miellés, Lévitique 2:11; Amos 4:5; il leur était même défendu d'avoir du
levain dans leurs maisons, et le soir du 14 nisan tous les Juifs veillaient soigneusement à ce que tout
levain et toute chose levée fût emportée et brûlée, sans qu'ils pussent même s'en servir pour leurs
fourneaux, et en tirer ainsi quelque profit. D'après les rabbins, la même défense s'appliquait encore aux
animaux. La Pâque passée, ils pouvaient recommencer à faire du levain, et les prêtres avaient droit aux
prémices de tout ce qui se pétrissait, Nombres 15:20.
— Il est évident que dans la symbolique juive cette substance, qui n'était qu'une corruption de la pâte
primitive, et une corruption corruptrice, était considérée comme l'emblème du péché, qui peut être peu
de chose en apparence, mais qui envahit, qui se propage, qui entraîne les masses dans la corruption et
dans la perdition. On trouve la même idée exprimée dans Plutarque, et chez Aulu-Gelle qui dit: Farinam
fermento imbutam attingere flamini diali fas non est (— Voir: Casaubon, sur la 1re satire de Perse). Les
pains du cinquantième jour, ou de Pentecôte, qui devaient représenter la nourriture ordinaire de l'homme
(et spirituellement le péché), étaient en conséquence pétris avec du levain, Lévitique 23:17, de même que
les gâteaux d'actions de grâces qui accompagnaient les tourteaux sans levain, et qui devaient leur servir
comme d'assiettes, Lévitique 7:12-13, c'est-à-dire être à leur égard dans une position d'infériorité et de
moins grande pureté.
1 Corinthiens 5:6, Paul s'adresse à une communauté chrétienne qui paraissait s'enorgueillir de ce que tout
n'était pas corrompu dans son sein, et supposer que la pureté pourrait se maintenir à côté de l'incestueux.
Vous n'avez pas sujet de vous glorifier, leur dit-il, ne savez-vous pas qu'un peu de levain fait lever toute
la pâte? Puis il les exhorte (versets 7 et 8) à faire disparaître, comme les Juifs aux approches de la Pâque, le
vieux levain, soit qu'on doive entendre par là les méchants et les impies qui se trouvaient au milieu d'eux,
soit que cette expression se rapporte aux mauvais désirs et aux inclinations corrompues qui n'occupent
souvent que trop de place dans le cœur même de l'homme régénéré. L'une et l'autre de ces explications se
justifient par le contexte et par l'analogie de la foi. L'apôtre appelle levain la méchanceté et la malice, et il
appelle la sincérité et la vérité des pains sans levain.
Matthieu 16:6, Jésus engage ses disciples à se garder du levain des pharisiens et des sadducéens; dans
Marc 8:15, c'est du levain d'Hérode, c'est-à-dire de cette incrédulité commune au parti soi-disant religieux
et rationaliste des sadducéens, et au parti religieux politique des hérodiens; le levain des pharisiens était
la propre justice, ou, comme dit saint Luc, l'hypocrisie, la vertu extérieure, 12:1. Le mauvais levain, c'est la
mauvaise doctrine, Matthieu 16:12, une prétendue morale, une prétendue raison.
C'est à tort que l'exégèse ordinaire du passage Matthieu 13:33; Luc 13:21, prend le mot levain en bonne
part, comme désignant l'Évangile, tandis que le mot pâte signifierait le monde. Le mot pâte est toujours
pris en bonne part, et dans ce passage il désigne l'Église; le mol levain qui est toujours pris en mauvaise
part, se rapporte au monde; on peut s'étonner qu'une exégèse aussi absurde ait pu prévaloir si longtemps.
Notre Seigneur raconte dans les sept paraboles de Matthieu 13, les destinées de l'Église, et il veut la
mettre en garde contre l'erreur et l'infidélité en apparence les moins graves et les moins dangereuses; un
peu de levain fait lever toute la pâte, cf. 1 Corinthiens 5:6.
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