Outre les passages déjà cités, la manne est rappelée Néhémie 9:20. Jean 6:31,49,58; Psaumes 78:24;
Apocalypse 2:17. Ce dernier passage contient une allusion évidente à l'urne d'or renfermant la manne: la
manne commune et corruptible du désert était la nourriture du corps mortel; mais la manne cachée dans
l'urne est incorruptible, c'est la nourriture du corps immortel.
Psaumes 78:24-25 — «... bien qu'il eût fait pleuvoir la manne...; tellement que chacun mangeait du pain
des puissants.» Nos versions rendent exactement le sens de l'hébreu abirim, mais la phrase n'est pas claire
et ne se comprend pas: la Vulgate, l'anglais, et Luther ont «le pain des anges», ce qui ne se justifie pas par
l'usage de la langue; Hengstenberg paraphrase: le pain venu des lieux habités par les anges; Durck
propose le pain des taureaux, qui d'après l'analogie de Sophonie 1:17, pourrait signifier la viande des
taureaux; abirim a en effet quelquefois le sens de taureaux, Psaumes 22:12; 50:13; 68:30; Ésaïe 34:7; Jérémie
50:11, et l'auteur entendrait que, outre la manne, Dieu a aussi donné aux Israélites de la chair à manger, ce
qui ne s'accorde ni avec le sens du passage, ni avec l'histoire du désert. Dimock pense qu'au lieu de
abirim il faut lire Élohim, ou Abir Jéhovah (cf. Exode 16:15-16; Jean 6:33), et traduire le pain de l'Éternel.
Harris enfin prend abirim dans le sens de ailes pour oiseaux, «chacun mangea (outre la manne) du pain,
c'est-à-dire de la chair d'oiseaux; il leur envoya de la nourriture à les rassasier.» Mais toutes ces
explications sont un peu recherchées, et la traduction française, qui est la plus littérale, n'a besoin que
d'être comprise dans le sens du génie de la langue hébraïque: le pain des puissants ou des riches, c'est un
pain excellent, ou, d'une manière générale, une nourriture excellente. Dieu envoya aux Israélites la
manne, le froment des cieux, tellement qu'au lieu de disette) chacun avait en abondance un mets très
recherché, une nourriture agréable et délicate. L'auteur de la Sapience (46, 20; 21) dit que la manne
s'accommodait tellement au goût de ceux qui la mangeaient, que chacun y trouvait de quoi satisfaire son
appétit, et quelques-uns l'ont entendu en ce sens qu'elle prenait pour chacun le goût particulier qu'il
désirait y trouver. Flavius Josèphe dit plus simplement qu'elle était si excellente qu'on ne pourrait rien
désirer de meilleur; et saint Augustin, qu'elle se conformait au goût de ceux qui en usaient, en faveur des
enfants de Dieu, lesquels ne s'en lassèrent pas, tandis que pour les autres elle ne fut plus bientôt qu'un
objet de dégoût, Nombres 11:6.
La manne n'est pas une substance qui soit entièrement inconnue ou perdue: elle se retrouve encore en
divers lieux, en Pologne, dans le Dauphiné, en Calabre, en Arabie, sur le Sinaï, sur le Liban, et ailleurs. La
plus estimée est celle d'Arabie, espèce de miel condensé qui suinte des feuilles et des branches, et que l'on
recueille quand elle a pris une certaine consistance. On peut augmenter de beaucoup la récolte qu'on en
fait, au moyen d'incisions pratiquées à l'arbre, et c'est au mois d'août surtout que cette opération se fait
avec le plus de succès; parfois c'est un petit insecte, le coccus, qui se charge de piquer l'arbre avec son
aiguillon, et de provoquer ainsi l'écoulement de la résine. Saumaise pense que c'est de cette manne qu'il
est parlé dans l'histoire du désert, et que le miracle a consisté moins dans la production même que dans
l'abondance et la régularité de cette production. Son opinion peut parfaitement se soutenir en ce sens
qu'elle n'enlève rien à tout ce qu'il y a eu de miraculeux dans presque tous les détails de cette
alimentation providentielle; en général on peut remarquer dans la plupart des miracles de la Bible, qu'ils
ne contrarient pas la nature, qu'ils ne sont pas des monstruosités en dehors du cours des choses; mais
qu'ils se distinguent soit par des modifications apportées à certaines lois, physiques, soit par l'accélération
d'effets qui se produisent également dans la nature, mais lentement et suivant certaines règles, soit enfin
par la multiplication , l'augmentation en nombre ou en volume, des effets que des causes physiques
auraient aussi produits, mais en moindre quantité. Admettant que la manne céleste n'ait pas été une
création nouvelle, le miracle reste dans son abondance, sa régularité, sa périodicité, interrompue le
sabbat, mais précédée d'une quantité double de nourriture la veille, sa prompte corruption pendant la
semaine, et sa conservation au septième jour, sa production au milieu des sables quand d'ordinaire elle ne
se trouve que découlant des arbres, etc., tout autant de caractères qui ne sont point naturels, mais que
Dieu a pu miraculeusement ajouter pour un temps à l'une des productions de la nature orientale, les uns
pour conserver son peuple, les autres pour l'habituer au respect de la loi qu'il avait donnée.
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