— Disons cependant que les voyageurs donnent à la manne du désert quelques propriétés qui ne rendent
pas l'identité absolue. Cette gomme qui découle goutte à goutte ne se laisse ni piler, ni broyer, comme
faisait la manne israélite, et de plus elle a une vertu légèrement purgative et affaiblissante, qui se perd, il
est vrai, pour celui qui, par un fréquent usage, en a pris l'habitude, comme on sait que l'estomac peut
s'accoutumer à une nourriture qui lui est naturellement contraire.
Les Hébreux et les Orientaux pensent, à l'inverse de Saumaise, que la manne était un miracle, jusque dans
la nature même de sa substance, et c'est bien, à tout prendre, l'opinion qui paraît le mieux justifiée par la
lettre de l'Écriture; mais ils sont tellement jaloux de la grâce que Dieu leur fit en cette occasion, qu'ils vont
jusqu'à prononcer l'anathème contre ceux qui ne partagent pas entièrement leur manière de voir à cet
égard (Aben Esra, ad Exode 16:15); c'est aller un peu loin.
On peut consulter sur la manne la Physique sacrée de Scheuchzer avec les notes de Donat, la dissertation
de Faner, l'Histoire de la manne de Buxtorf, Saumaise, les Notes de Rosenmuller sur Bochart, le Traité
d'Altomare, et un article dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1846, t. II, p. 452, séance du
31 août.
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MANOAH,
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Juges 13:2, de Tsorhah, père de Samson. Cet homme faible et craintif, mais bien intentionné, gémissait sur
les malheurs que l'idolâtrie de ses compatriotes avait amenés sur la commune patrie, lorsque sa femme,
plus pieuse apparemment, et plus éclairée que lui, vint lui annoncer que sa longue stérilité qui les
affligeait l'un et l'autre, allait enfin cesser, et qu'un prophète de l'Éternel lui avait promis un fils; bien plus,
ce fils devait être le libérateur d'Israël, et pour le préparer à sa grande et sainte mission, elle devait elle-
même observer jusqu'au moment de sa naissance toutes les prescriptions du nazaréat. Manoah, tout
ensemble troublé et réjoui, demanda au Seigneur de lui faire voir à lui-même ce messager de bonnes
nouvelles, afin qu'il pût apprendre de lui la conduite qu'il aurait à tenir à l'égard de ce fils béni. Bientôt
après, en effet, l'ange apparut de nouveau à la femme, qui alla chercher son mari; mais il ne répondit pas
aux questions prématurées de l'humble Manoah; il se borna à répéter à la femme qu'elle devait, pendant
tout le temps de sa grossesse, vivre dans l'abstinence nazaréenne, et Manoah n'insista plus; mais désireux
de retenir auprès de lui ce prophète de l'Éternel, et de l'honorer selon les usages de l'antique hospitalité, il
lui offrit un festin; l'ange le refusa, mais engagea son hôte à présenter un holocauste à l'Éternel. L'ange
refusa de même de déclarer son nom, car il est admirable, dit-il (cf. Ésaïe 9:5}. Manoah qui jusqu'alors
n'avait vu dans celui qui lui parlait qu'un simple prophète, ne tarda pas à comprendre que c'était l'Éternel
lui-même; car lorsqu'il eut offert son holocauste, et que la flamme s'élevant de l'autel vers les cieux,
l'Éternel y fut monté avec la flamme, Manoah s'écria: Certainement nous mourrons, parce que nous avons
vu Dieu! Sa femme comprit mieux que lui, la faveur que cette manifestation divine leur promettait à eux
et à leur fils: elle y puisa de nouvelles forces, un nouveau courage, une nouvelle confiance dans la fidélité
de celui qui ne peut mentir.
— L'enfant naquit au temps indiqué, mais il ne parait pas avoir, dans son éducation, subi ou accepté
l'influence de son faible père. Sa jeunesse indomptée et ses fougueuses passions l'émancipèrent de bonne
heure; Manoah vécut assez pour voir, sans pouvoir l'empêcher, le mariage de son fils avec, une Philistine,
mais son nom qui ne reparaît plus que dans le nom de son sépulcre, 16:31; porte à croire qu'il ne fut pas le
témoin des derniers excès, de la gloire, et de la conversion de son fils.
L'apparition de l'ange à Manoah rappelle celles dont jouirent Abraham, Jacob et Gédéon: le refus de
l'ange de se faire connaître, rappelle le même refus qu'éprouva Jacob dans sa lutte merveilleuse au bord
du Jabbok, Genèse 32:29.
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