Page 89 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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qui établissent que ce livre est de l'apôtre Jean, et Calvin paraît avoir partagé cette opinion, quoiqu'il n'ait
pas essayé d'ouvrir un système d'interprétation sur le contenu de ce livre.
Dans le dix-huitième siècle où chacun se borna presqu'exclusivement à douter et à nier, tantôt en vers,
tantôt en prose, on douta naturellement aussi de l'Apocalypse. D'Abauzit, de Genève, commença; l'école
moderne peut le revendiquer comme son maître. Après lui vinrent successivement Michaélis qui doutait,
Œder, Semler, Merkel, etc, qui ne doutaient plus, mais qui affirmaient hardiment que Cérinthe était
l'auteur de l'Apocalypse. L'opinion contraire fut défendue par Twells, Wolff, Schmid, Hartwig, etc., et
surtout par Storr dont l'ouvrage est encore utile;
— Voir: aussi Bengel.
Nommons enfin dans notre siècle, parmi les adversaires, Heinrichs, De Wette, Bretschneider, Ewald,
Schott et Lücke; parmi les défenseurs, Hug, Schulz, Hemsel, Winer, Guericke; l'ouvrage de Lücke a en
outre été réfuté dans la Gazette évangélique de Berlin par Hævernick, 1834, numéros 88-91, et par Steiger,
1835, numéros 14, 15, 22, 23.
Il ressort, de ce qui précède, que les témoignages historiques sont décidément en faveur de l'Apocalypse.
Quant aux caractères intérieurs, il est clair que ce livre, seul en son genre, seul prophétique parmi ceux
qui sont sortis du christianisme, ne saurait être jugé d'après l'analogie des autres écrits du Nouveau
Testament. Le style et le caractère rhétorique des ouvrages d'un même auteur peut toujours varier, et
même considérablement, suivant le sujet et la matière traitée.
Saint Jean eut ces révélations pendant son exil à Patmos, dans les dernières années du règne de Domitien,
et il les mit par écrit lorsqu'il fut de retour à Éphèse, vers l'an 96 ou 97. Néanmoins, le contexte interne de
l’Apocalypse indique plutôt une date antérieure vers la fin de l’an 60 juste avant la destruction de
Jérusalem par les armées romaines en l’an 70.
Il n'entre pas dans notre plan d'examiner quel fut le but de l'apôtre, quelle est la portée de ses révélations,
le sens de ses prophéties, la clef de tous ses mystères. Toutefois, il n'est pas hors de propos de dire un mot
de l'oubli dans lequel ce livre est tombé, et de l'indifférence avec laquelle une partie considérable de la
chrétienté le lit ou le ferme. Beaucoup de personnes l'excluent de leur lecture habituelle; elles reculent et
préfèrent donner plus de temps à la méditation des autres portions de la Bible qu'elles ont plus de chance
de comprendre, et qu'elles peuvent plus facilement s'approprier. L'Apocalypse les désoriente, les
déconcerte; leur sens chrétien ne trouve dans ce livre ni la nourriture, ni la clarté dont il a besoin, et parmi
les vérités révélées il choisit de préférence celles dont la révélation est claire et complète, intelligible et
point mystérieuse. On peut comprendre sans peine cette manière de faire, et chacun peut-être l'a
pratiquée pour ce qui le concerne, à une époque ou à une autre de sa vie religieuse; mais comprendre
n'est pas excuser. Dès qu'on admet que l'inspiration divine a dicté à l'apôtre ses magnifiques révélations,
il faut admettre que la lecture de ce livre doit être pour le chrétien une source de bénédictions qu'il ne lui
est pas permis de dédaigner, ou de trouver trop difficiles à exploiter. On oublie trop d'ailleurs que
l'Apocalypse est une révélation, dont le sens par conséquent peut être trouvé, et doit être cherché; et, tout
en avouant l'obscurité qui enveloppe cette révélation des choses futures, encore pénétrera-t-on mieux
cette obscurité par le travail que par l'absence de recherches. Si beaucoup d'opinions erronées ont été
mises au jour, si des essais infructueux ont été faits, si plusieurs théologiens ont fini par déclarer qu'ils
n'entrevoyaient aucune solution satisfaisante aux énigmes de la prophétie, pourtant un grand pas est fait;
leur ignorance consciencieuse et savante est tout autre, moins pénible, plus honorable, plus éclairée que
l'ignorance volontaire et complète sur ces sujets; ils ont gagné cela tout au moins de connaître les
difficultés de l'interprétation, de savoir quelles sont les questions débattues, et de pouvoir facilement
rapporter aux choses qu'ils savent ignorer, celles qu'ils découvrent à mesure; et c'est déjà beaucoup que
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