pour comprendre le sens naturel des paroles de son maître, ni assez éclairée pour se rappeler qu'il y a
dans les révélations de Dieu des mystères insondables, lui dit: «Montre-nous le père, et cela nous suffit;»
il reçut pour réponse ces paroles pleines à la fois de douceur et de reproche: Philippe, je suis depuis si
longtemps avec vous, et tu ne m'as point connu! celui qui m'a vu a vu mon père. Paroles qui résument
toute la doctrine chrétienne sur les rapports du Père et du Fils, en établissant leur inséparable unité sans
confusion des deux personnes, et qui devaient en même temps rappeler au chrétien, encore juif par ses
habitudes et ses souvenirs, que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ne se manifeste aux yeux de la
chair que dans la personne de son fils.
Le caractère de cet apôtre apparaît donc comme un mélange de promptitude et de timidité, de droiture et
de simplicité, de respect et de confiance.
Depuis le moment où le récit sacré le nomme pour la dernière fois, Actes 1:13, sa vie est peu connue. La
tradition lui donne une femme et des enfants. Il prêcha l'Évangile en Phrygie, et mourut à Hiérapolis; on
ignore s'il souffrit le martyre. Un évangile apocryphe a été écrit sous son nom; les gnostiques l'ont reçu
comme authentique. On lui a attribué la demande faite à Jésus qu'il lui fût permis d'ensevelir son père
avant de le suivre, Matthieu 8:21; Luc 9:59; mais rien ne l'établit, et le silence de saint Jean est une forte
présomption contre l'exactitude de cette tradition.
4.
Philippe, Actes 6:5; 21:8, un des sept premiers diacres de Jérusalem, appelé aussi évangéliste, cf.
Éphésiens 4:11; 2 Timothée 4:5, il prêcha l'Évangile avec succès dans la Samarie; ses paroles, confirmées
par ses'miracles, trouvèrent le chemin de bien des cœurs, et le magicien Simon lui-même vint lui
demander l'entrée de l'Église. Si ce dernier triomphe dura peu, les fruits du ministère de Philippe furent
plus sûrs et plus durables chez un grand nombre de Samaritains, et le bruit de cette belle mission vint
jusqu'à Jérusalem. Au milieu de ses travaux, l'évangéliste reçoit, pour un instant, l'ordre de les
abandonner; il doit se rendre au midi de la Judée, sur la route (la moins fréquentée) qui conduit à Gaza, et
là il fait la rencontre de cet eunuque éthiopien dont la conversion est un des récits les plus touchants du
livre des Actes. Il le baptise près d'une source que la tradition nous montre encore à Bethsur, dans les
montagnes de Juda; puis il retourne en arrière, s'arrête à Azote, où le Saint-Esprit lui a dit de se rendre
(Actes 8), et se fixe enfin à Césarée, où, plus tard, il eut la joie de donner l'hospitalité au grand apôtre des
gentils. Une tradition le fait évêque de Tralles, une autre le fait mourir en paix à Césarée. Il eut quatre
filles douées du don de prophétie, Actes 21:8-9, circonstance qui est relevée peut-être parce qu'elles
rendirent des oracles à saint Paul, oracles dont il n'est rien dit, du reste, dans le livre des Actes, mais qui
ne seraient point un fait isolé ni extraordinaire, cf. 20:23.
Quelques détails de l'histoire de Philippe ont besoin d'être éclaircis. Trois fois dans le chapitre 8, versets
26,29,39, le Saint-Esprit agit directement sur sa conduite, et, dans le troisième de ces passages, il est dit
que «l'esprit l'emporta, et l'eunuque ne le vit plus;» paroles qui semblent avoir quelque chose de
mystérieux, et que l'on comprend ordinairement en ce sens que le Saint-Esprit transporta Philippe
mystérieusement dans les airs, et que l'eunuque, qui le cherchait des yeux, fut étonné de sa disparition.
On peut les comprendre d'une manière plus simple, sans faire la moindre violence au texte: cette œuvre
achevée, l'Esprit conduisit Philippe vers un autre champ de travail, et l'eunuque ne le revit plus, Le Saint-
Esprit a agi sur l'esprit de l'évangéliste, et non sur son corps; l'action, pour être spirituelle, n'en a pas
moins été réelle, et c'est ainsi que le même Esprit agit encore sur nous. Heureux ceux qui le discernent!
Quoique le texte ne dise pas positivement qu'il s'agisse de l'évangéliste, et non de l'apôtre Philippe, cela
ressort de ce qui est dit 8:1, que tous les membres de l'Église furent dispersés par les persécutions, excepté
les apôtres, qui restèrent à Jérusalem. Le même fait résulte encore de la comparaison des versets 14 et 16,
où nous voyons Philippe baptiser, mais les apôtres seuls imposer les mains, et prier pour l'effusion du
Saint-Esprit. Il importe de remarquer aussi que, s'il y avait alors un apostolat, il n'y avait déjà plus de
clergé: Philippe le diacre n'était pas ce qu'on appellerait volontiers un ecclésiastique, et cependant il
baptise. Il baptise, mais le baptême lui-même n'est qu'un signe extérieur, il n'entraîne pas nécessairement
les dons du Saint-Esprit. Le baptême n'est donné qu'à ceux qui confessent leur foi; il n'est donc donné
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