C'est encore Pierre dont la parole foudroie Ananias et Saphira, Actes 5:1. Son ombre guérit les malades, sa
prédication touche les cœurs; ses succès irritent derechef les sadducéens qui, dirigés par Caïphe, le livrent
une seconde fois au sanhédrin; mais une seconde fois l'apôtre répond: Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux
hommes. Caïphe ne le fait plus trembler.
Les persécutions ayant dispersé les chrétiens, la Samarie est évangélisée: Philippe baptise, et Pierre vient
avec Jean imposer les mains aux fidèles et leur communiquer les dons du Saint-Esprit, Actes 8. Il refuse
de vendre au magicien Simon le pouvoir de transmettre ces dons surnaturels, et stigmatise ce premier
exemple de vénalité religieuse. Après avoir évangélisé les bourgades qu'il trouve sur sa route, il revient à
Jérusalem; c'est alors qu'il fait la connaissance de Paul, à qui il donne une hospitalité de quinze jours,
Galates 1:18. Il visite les églises naissantes de la Judée, de la Samarie et de la Galilée, Actes 9; à Lydde, il
guérit un paralytique; à Joppe, il rend Dorcas aux pauvres qui l'avaient perdue; elle revient à la vie au
milieu de ceux qui la pleuraient. L'apôtre reste quelque temps dans cette ville: une vision étrange qui se
réitère à trois reprises, Actes 10, lui apprend que le mosaïsme a pris fin, que la paroi mitoyenne est
tombée, Éphésiens 2:14, que la distinction des animaux en purs et impurs n'existe plus, que le monde
n'est plus divisé extérieurement en bénis et en maudits, et qu'en toute nation ceux qui craignent Dieu et
qui s'adonnent à la justice, lui sont agréables. La démarche et la demande des messagers de Corneille,
centenier romain, achèvent de lui expliquer ce qu'il y a de mystérieux dans la vision, et il part pour
annoncer Christ aux païens. À ses amis de Jérusalem qui le blâment, il expose la vision céleste, et tous
glorifient Dieu en disant: Dieu a donc donné aux gentils la repentance pour avoir la vie.
De ce moment l'historien sacré qui s'attache à nous donner la suite de l'histoire de Paul, ne nous donne
celle de Pierre qu'en passant. Il paraît que l'apôtre visita diverses provinces de l'Asie Mineure, annonçant
Christ aux Juifs et aux païens. On le retrouve à Jérusalem à l'époque du martyre de Jacques, et lui-même,
réservé au supplice par ordre d'Hérode, est miraculeusement rendu aux prières de ses frères qui n'osaient
espérer sa délivrance, Actes 12. On croit qu'il s'éloigna alors de Jérusalem pour un temps, mais nous l'y
retrouvons lors du concile des apôtres, 15:7; il y revoit saint Paul. Il y prend la parole, mais sans autre
autorité que celle des choses mêmes qu'il dit: il plaide la cause des gentils, et rappelle les instructions qu'il
a reçues du Seigneur à cet égard. Mais bientôt, infidèle à ses principes, troublé peut-être par les criailleries
de chrétiens judaïsants exaltés, fatigué de cette lutte, sous l'impression de reproches qui lui avaient été
adressés, craignant de scandaliser les faibles, enclin d'ailleurs au formalisme juif par sa naissance et son
éducation, il en vint à dissimuler, il s'éloigna des gentils, il en entraîna quelques-uns dans sa chute, et
Paul dut le censurer ouvertement, Galates 2:11; il est probable qu'il reconnut la justesse des reproches que
sa dissimulation lui attira, et qu'il se releva de cette faute avec la généreuse vivacité de son caractère.
On ne sait plus rien de lui dès lors; l'histoire sainte se tait, et les Pères ou se taisent aussi, ou se
contredisent à tel point qu'on ne peut rien établir de positif sur leur témoignage: on ne sait ni où il se
rendit, ni ce qu'il fit, ni où, ni comment, ni quand il mourut.
Quelques remarques termineront cette notice, et achèveront de faire comprendre cette vie et ce caractère.
a.
Les noms de Pierre et de Céphas ont la même signification; Céphas est syriaque ou araméen, et
n'entraînait aucune idée particulière; c'était le nom dont on l'appelait quand on s'exprimait dans cette
langue, et souvent on employait l'un ou l'autre indistinctement, Galates 2:9,11; 1 Corinthiens 1:12; 9:5.
Jusqu'au moment de l'ascension il est presque toujours désigné sous le nom de Simon (ou Syméon); c'est
ainsi que l'appellent Jésus et les autres apôtres, Matthieu 17:25; Marc 14:37; Luc 7:40; 22:31; 24:34; Jean
21:15: le même nom se retrouve Actes 15:14, sans doute par un effet de l'habitude prise, cf. 2 Pierre 1:1; le
nom de Pierre emporte l'idée de sa vocation, c'est en quelque sorte son nom d'honneur: il le porte Actes
10:5,18, et si quelquefois les deux noms de Simon Pierre sont réunis, celui de Pierre unit par prévaloir, ce
qui explique pourquoi les évangélistes, en parlant de lui, l'appellent le plus souvent simplement Pierre.
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