Page 95 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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Enfin les Livres des Maccabées renferment l'histoire des Juifs sous le souverain sacrificateur Mattathias et
ses descendants. Ils sont d'une très grande utilité, surtout le premier. Il doit avoir été composé en hébreu
ou en caldéen: Origène l'a lu dans cette langue, et il paraît que c'est aussi de là que Jérôme l'a traduit en
latin. Toutefois ce livre ne saurait être attribué à l'esprit de Dieu, et l'auteur lui-même fait l'observation
qu'il n'y avait point de prophètes en ces temps-là, 4:46; 9:27; 14:41. Il renferme d'ailleurs diverses méprises
qui constatent son origine humaine. On y voit qu'Alexandre le Grand partagea lui-même ses conquêtes
entre ses illustres généraux, tandis que ce partage ne se fit qu'après sa mort; qu'Antiochus le Grand fut
fait prisonnier par les Romains; que ces derniers donnèrent à Eumènes, roi de Pergame, l'Inde et la Médie,
États qui faisaient partie de ceux d'Antiochus; que le sénat romain comptait 320 membres; qu'Alexandre
Balas était fils d'Antiochus Épiphanes, etc., etc., tout autant d'assertions qui sont positivement contredites
par l'histoire.
— Le second livre des Maccabées, contenant l'histoire de quinze années, est de beaucoup inférieur au
premier. C'est l'abrégé de l'ouvrage d'un certain Jason de Cyrène. L'auteur termine en faisant des excuses
sur sa manière d'écrire l'histoire; et dans le fait il a bien des choses à se faire pardonner. À l'en croire,
Judas Maccabée aurait vécu jusqu'à la 188e année des Séleucides, tandis qu'il mourut l'an 152; Antiochus
Épiphane aurait été tué dans le temple de Nanée, en Perse, et l'on sait qu'il finit ses jours sur les frontières
de la Babylonie. Néhémie aurait bâti le second temple et l'autel, constructions qui se firent soixante ans
avant que Néhémias revînt de Perse; Jérémie aurait caché dans une grotte et le tabernacle, et l'arche, et
l'autel des parfums; Persépolis aurait encore été debout un siècle après qu'Alexandre l'eut réduite en
cendres; Judas aurait bien fait d'offrir des prières et des sacrifices pour les morts, et Ragis serait aussi
louable de s'être suicidé pour échapper à la fureur des Syriens.
On peut juger, par tout ce qui précède, combien ces livres apocryphes sont indignes d'occuper une place
quelconque dans notre volume sacré, même en en faisant une catégorie tout, à fait à part, ainsi que cela se
pratiquait encore il n'y a pas beaucoup d'années. Aussi les sociétés bibliques se refusent-elles maintenant
presque toutes à joindre ces livres aux versions qu'elles distribuent, et elles ont bien fait de prendre ce
parti, puisqu'elles ne veulent et ne doivent répandre que la Bible.
Si quelques personnes désiraient étudier la question des apocryphes, elles trouveraient, dans un ouvrage
sur ce sujet de feu l'excellent pasteur Moulinié de Genève, une apologie assez complète de ces livres; mais
elles verraient en même temps combien sont faibles les meilleures raisons que l'on peut avancer en faveur
de leur authenticité. Il n'a paru aucun écrit français quelque peu détaillé qui traite de la non inspiration
des apocryphes; mais on peut lire avec intérêt quelques mots de M. Hævernick à ce sujet, dans les Mél. de
théol, réformée, par Hævernick et Steiger, p. 214-222.
Le Nouveau Testament a eu aussi ses Apocryphes; mais les livres auxquels on a donné ce nom sont loin
d'avoir acquis l'importance historique des Apocryphes de l'Ancien Testament. Il ne paraît pas que l'Église
chrétienne ait jamais hésité sur la formation de son Canon. À aucune époque, aucun écrit humain n'est
venu s'adjoindre au recueil des écrits sacrés. À la vérité, certaines sectes, assez mal connues d'ailleurs, ont
essayé de modifier la collection évangélique à leur point de vue, mais ces tentatives ont avorté devant
l'opinion générale, et il en reste à peine quelques traces, encore sont-elles contestables et contestées.
On croit, par exemple, que les Évangiles des Égyptiens, des Hébreux, de Marcion, n'étaient que des
reproductions altérées des Évangiles canoniques, et l'on suppose que chacun de nos quatre Évangiles a
dû être plus ou moins corrompu au profit des tendances diverses qui se partageaient l'Église primitive,
tendances dont les germes se trouvaient dans les écrits sacrés eux-mêmes. La disparition prompte et
presque totale de ces altérations, atteste à la fois la rectitude du sens chrétien, l'autorité de la tradition
générale, et la pureté du Canon dans l'Église primitive.
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