même par des hommes pieux. Il ne peut, nous le répétons, y avoir contradiction réelle, et l'on trouvera
toujours que lorsqu'il y en aurait une apparente, cela vient de ce que nous n'avons pas compris l'un ou
l'autre de ces livres; mais la vérité est une, et le Dieu fort est vérité, Deutéronome 32:4.
Après ces remarques préliminaires, l'on nous comprendra lorsque nous dirons que ce n'est qu'avec
crainte et tremblement que nous osons hasarder quelques explications sur l'œuvre de la création, telle
qu'elle est rapportée dans le premier chapitre de la Genèse, car ce sont là les choses difficiles et
mystérieuses de l'Éternel, et connaissant à peine «les bords de ses voies», Job 26:14, nous craignons, nous
aussi, «d'obscurcir son conseil par des paroles sans science.»
«Dieu créa au commencement le ciel et la terre», Genèse 1:1.
— La signification propre du mot créer est: tirer du néant, faire une chose de rien; c'est pourquoi les
traducteurs de la Bible s'en sont servis pour rendre le mot hébreu bara qui n'a pas tout à fait la même
portée; mais la langue hébraïque n'en possédant point d'autre qui pût indiquer exactement l'acte par
lequel Dieu produit une chose, sans la former d'une substance déjà existante, les écrivains sacrés ont dû
employer ce mot bara, qui signifie proprement former, mettre en ordre (Calmet), mais dont la racine
primitive semble plutôt contenir le sens de séparer, (Simonis, Lexique Hébreu) C'est peut-être à cette idée
que correspond l'expression française: Dieu débrouilla chaos. En effet, nous voyons que l'œuvre des trois
premiers jours, dans le récit de Moïse, est en grande partie une œuvre de séparation: Dieu sépare la
lumière d'avec les ténèbres, il sépare les eaux supérieures des eaux inférieures, il sépare la terre sèche
d'avec la mer, il sépare le jour d'avec la nuit. Et lorsque Moïse emploie le mot créer, cela ne signifie point
toujours tirer une chose du néant, mais souvent tirer une chose d'une autre substance pour lui donner
une forme nouvelle; ainsi, par exemple, Dieu crée l'homme à son image, Genèse 1:27, et cependant il le
tire de la poudre de la terre, 2:7. Malgré cette double interprétation dont le mot bara est susceptible, nous
savons positivement que la matière n'a pas toujours existé, qu'elle a eu une origine, car l'Esprit-Saint nous
le déclare, soit, Genèse 1:1, en nous disant que les cieux et la terre ont eu un commencement, cf. 2:4, soit
dans le commentaire qui nous en est donné ailleurs par le même Esprit, Hébreux 11:3; Psaumes 33:9. Et la
sagesse de Dieu qui est, la même chose que sa parole éternelle, le verbe incréé «qui était au
commencement avec Dieu et qui était Dieu», nous parle d'un temps antérieur à l'existence de notre globe,
où elle était ses délices «lorsqu'il agençait les cieux et qu'il traçait le cercle au-dessus des abîmes, lorsqu'il
n'avait point encore fait la terre, ni le commencement de la poussière du monde», Proverbes 8:22-30.
«C'est donc le contexte», dit un savant professeur anglais, le docteur Pusey, (— Voir: Buckland
Bridgewater Treatise, vol. I, p. 22) «qui doit décider du sens du mot bara, et nous indiquer s'il faut le
traduire par: tirer du néant, ou par: donner une nouvelle forme à une substance qui existait déjà.
«Quoique Moïse se serve, en parlant des œuvres de Dieu, tantôt du mot bara, tantôt du mot hazah (il fit),
il paraît cependant que la première de ces expressions a une énergie particulière, et ne peut s'employer
que pour décrire l'action de Dieu, tandis que la seconde peut s'appliquer aussi à l'action des hommes.
«Après avoir soigneusement comparé un grand nombre de passages (Ésaïe 43:1,15; Nombres 16:30;
Psaumes 104:30; sq.), et avoir fait une étude attentive de ce sujet, je suis arrivé à cette conclusion, que les
mots créer et faire, employés en parlant de Dieu, sont synonymes, avec cette différence que la première
de ces expressions est la plus forte des deux, quoique Moïse semble quelquefois les employer
indifféremment: Ainsi, Genèse 1:21. Dieu créa les grands poissons; verset 25, Dieu fit les bêles de la terre;
verset 26, faisons l'homme à notre image; verset 27, Dieu créa donc l'homme.
M. de Rougemont (Fragments d'une Histoire de la terre, p. 113) voit quelque chose de plus dans la
manière dont Moïse se sert de ces mots; il dit que «créer signifie former un type nouveau, tandis que faire
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