«L'histoire des six jours, ainsi que celle de l'humanité, a ses puits cosmogoniques, dont la première est le
chaos, et dont le caractère est la mort, le désordre, les ténèbres; par une concordance imprévue et
inexplicable, les géologues d'une part, Moïse de l'autre, admettent un développement ou une création de
la terre tout à fait extraordinaire, qui s'opère par une alternative de temps d'ordre et de création, de temps
de désordre et de destruction.
«La géologie ne fait ici que préciser, expliquer, commenter le texte biblique, qui accepte en plein tous ces
résultats de la science.
«Les soirs (Éreb) sont donc les temps de désordre; le premier soir n'est autre chose que le chaos lui-même;
les suivants sont des invasions du chaos au milieu de l'œuvre lumineuse de Dieu. Les matins sont des
temps d'ordre, de vie, de création. L'œuvre de Dieu pendant les six jours consiste à former la terre
dévastée, et la dégager du chaos, de l'abîme et des ténèbres qui disparaissent successivement.
«Ainsi les eaux de l'abîme, 1:2, qui recouvraient au deuxième jour encore la terre entière, en partagent au
troisième la surface avec les continents, et elles n'existeront plus sur la terre nouvelle, Apocalypse 21:1.
Ainsi les ténèbres, éclairées dès le premier jour par la lumière, sont transformées en soirs cosmogoniques,
et au quatrième jour en nuits de douze heures. Les soirs cosmogoniques précèdent chacun des six jours,
et cessent avant la création de l'homme, aucun ne s'interpose entre le sixième jour et celui du repos, et la
dernière des grandes époques de désordre est celle qui sépare le cinquième jour du sixième. L'alternative
des jours et des nuits de vingt-quatre heures cessera à la fin des temps, et la terre sera éclairée par une
lumière continue, Zacharie 14:7; Apocalypse 21:23. C'est ainsi que les complètes ténèbres du chaos se
transforment peu à peu en complète lumière.
«Le premier chapitre de la Genèse est une vision des temps antérieurs à l'homme, et doit s'expliquer
d'après les mêmes principes que les prophéties.
«En comparant l'œuvre de Dieu dans la réorganisation du chaos et dans la création du monde, à celle de
Dieu dans le cœur des fidèles et dans l'Église, selon l'indication que nous en donne saint Paul, 2
Corinthiens 4:6, on remarque bientôt que les six jours cosmogoniques sont une espèce de prophétie de
l'histoire de l'humanité, ou, en d'autres termes, que les faits physiques de l'histoire de la terre ont un sens
analogue aux faits moraux de l'histoire de l'homme. Ainsi les ténèbres du chaos se reproduisent dans les
ténèbres morales de l'âme déchue et pécheresse; les nuits cosmogoniques dans les époques historiques de
corruption et de ruines; les jours cosmogoniques, dans celles de paix, d'ordre et de vie religieuse; la
formation du soleil au quatrième jour, dans l'apparition du soleil de justice vers l'an 4,000, etc.»
(Rougemont, Fragments, etc., p. 8)
Avant de nous occuper spécialement de l'œuvre de chacun des six jours de la création, nous devons
indiquer une autre partie de l'Écriture qui nous en donne un commentaire remarquable: nous voulons
parler des chapitres 38 à 41 du livre de Job. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail cette portion
sublime et mystérieuse de la Parole, nous nous bornerons à quelques versets du chapitre 38. En
interrogeant Job sur les merveilles de l'univers, l'Éternel condescend jusqu'à raisonner avec sa créature; il
lui montre que la souveraine sagesse qui a présidé à l'arrangement de la terre, des cieux et de tout ce qui
s'y trouve, préside également aux événements de la vie des hommes, et que par sa direction, toutes
choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, Romains 8:28. Mais, outre ce but principal
d'instruction, nous trouvons encore des allusions à l'histoire de la création, qui peuvent éclaircir pour
nous quelques passages du 1er chapitre de la Genèse.
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