En effet, nous croyons voir, dans le verset 4, une indication de cette création primitive qui eut lieu au
commencement, Genèse 1:1; puis au verset 7, nous voyons les intelligences célestes se réjouissant de
l'ordre et de l'arrangement que Dieu venait d'y établir, versets 5 et 6, et chantant en triomphe à cause de
cette nouvelle manifestation de la puissance de Dieu, verset 7. Mais une au moins de ces étoiles du matin
(Lucifer), était déjà tombée, peut-être même plusieurs, et le mal vint bientôt gâter l'œuvre du Créateur. Il
semble qu'une irruption des eaux troubla l'ordre nouvellement établi, verset 8, et ce fut alors que Dieu
donna à l'abîme la nuée pour couverture et l'obscurité pour ses langes, verset 9; peut-être les ténèbres
furent elles ordonnées alors comme punition et comme demeure des anges déchus, par opposition à la
lumière éternelle, qui est représentée comme l'habitation de Dieu, Jean 3:19-21; Éphésiens 6:12. C'est à ce
moment-là que semble se rapporter le premier soir de la création; c'est là le chaos décrit au deuxième
verset de la Genèse, et dont Dieu va tirer la terre par six époques de progression, six jours. Le verset 10
semble indiquer l'action de Dieu par laquelle il opère la séparation des eaux inférieures et supérieures, et
le verset 11 correspondrait au verset 9 de la Genèse où Dieu fixe à la mer la place qu'elle doit occuper. Les
versets 8-11 pourraient, il est vrai, se rapporter à quelques égards au déluge du temps de Noé; mais ce qui
nous fait préférer l'autre interprétation, c'est que le verset 9 semble nous indiquer que le cataclysme dont
il est parlé au verset 8 doit avoir été antérieur au chaos, et que l'obscurité et le désordre du chaos en
auraient été le résultat.
— Au verset 12 nous voyons paraître la lumière, mais non comme lumière solaire: c'est l'aube du jour, le
point du jour, ou la lumière éclairant simultanément tous les points de la terre, verset 13, et faisant fuir de
partout les ténèbres et les esprits de ténèbres. Puis plus tard, verset 14, cette lumière prend une nouvelle
forme et se concentre pour ainsi dire dans une apparence ou un moule matériel, le soleil. (Le verset 14
n'est pas bien rendu dans Ostervald: il a ajouté les mots la terre, qui ne se trouvent ni dans l'hébreu, ni
dans plusieurs autres versions. Le verbe thitehapphek qui commence le verset 14, se rapporte d'ailleurs
mieux au substantif masculin shachar, l'aube du jour, verset 12, qu'au substantif commun, mais
ordinairement féminin érèts, la terre.
Premier jour. Nous avons déjà remarqué que dans le calcul de chaque jour cosmogonique le soir précède
le matin: le soir du premier jour fut donc l'obscurité qui le précéda, c'est-à-dire le chaos. «Dans ce moment
là», dit Buckland, «une nouvelle ère allait commencer pour le monde, et la terre allait être tirée des
ténèbres dans lesquelles elle n'avait peut-être été enveloppée que temporairement: car les mots, «que la
lumière soit», ne signifient point implicitement qu'elle n'eût jamais existé précédemment.
Il était étranger au plan de Moïse de rechercher si la lumière avait déjà lui sur cette terre, ou si elle existait
dans d'autres parties de l'univers; la narration ne s'occupe que de notre planète, et la prend dans un
moment où elle était plongée dans l'obscurité.
Le premier effet de l'action de l'Esprit sur le chaos fut donc l'éveil de la lumière, qui brilla dans le sein
même de la masse informe dont elle fut séparée, Psaumes 104:5-6; Job 36:30. «Dans toutes les
cosmogonies païennes qui parlent d'un chaos, dit M. de Rougemont, les ténèbres, la nuit, sont l'état
primitif, la lumière apparaît ensuite, et plus tard les astres. Moïse, sans aucun doute, n'entendait pas que
la lumière provînt du soleil déjà créé, mais encore voilé à la terre par les nuages; de concert avec toute
l'antiquité, il faisait la lumière plus ancienne que les astres.»
— En effet, il n'y avait point alors de nuages, puisque les eaux supérieures n'avaient point encore été
séparées des eaux inférieures. Asaph en parle de même, lorsqu'il dit, Psaumes 74:16: «Tu as établi la
lumière et le soleil.» Dans plusieurs autres endroits de la Bible, elle est également représentée comme
existant avant le monde, et comme étant la demeure de l'Éternel, l'image même de son essence, 1
Timothée 6:16; 2 Corinthiens 4:6; Psaumes 104:2; Ésaïe 60:19; Habacuc 3:4; Jean 1:4,9; 8:9; 12:36,46; 1 Jean
1:5, etc.
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