Ici vient une pause dans le récit de l'historien sacré. Après avoir décrit la manière dont Dieu a peu à peu
préparé cette terre, après l'avoir montrée graduellement revêtue d'un tapis de verdure et de fleurs,
couverte de riches ombrages et d'arbres chargés de fruits, animée par les chants des oiseaux qui célèbrent
dans les airs la gloire de leur Créateur; après avoir décrit ces milliers de créatures vivantes, se mouvant
dans les eaux et sur la terre, jouissant de leur nouvelle existence et de la lumière du soleil, il nous dit que
le Créateur de toutes ces merveilles s'arrêta pour contempler son ouvrage et pour le bénir: et Dieu vit que
tout cela était bon. L'œuvre de la création n'était cependant pas encore complète; mais avant de placer
dans cette magnifique demeure celui qui devait en avoir la souveraineté, le Tout-Puissant semble se
consulter lui-même, comme pour une chose plus importante, et pour une création d'un ordre plus relevé
que toutes les autres choses qu'il avait créées pour être faites. Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre
image et à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur les
animaux domestiques et sur toute la terre, et sur tout reptile qui rampe sur la terre.
— Jusqu'à présent, le texte hébreu a toujours désigné la terre par le mot érets; mais dans le verset 25, où il
est parlé des reptiles de la terre, Moïse se sert du mot adamah, qui signifie terre, en tant que sol, et surtout
sol rouge, quoiqu'il soit aussi pris dans une signification plus étendue; et c'est dans le verset suivant qu'il
dit: Faisons Adam (l'homme) à notre image, Adam étant mis ici comme nom générique de l'espèce
humaine; on dirait que, par ce changement d'expression, l'auteur sacré cherche à faire mieux ressortir
l'origine à la fois terrestre et céleste de cette nouvelle créature, rattachant à ce nom symbolique l'idée de sa
faiblesse naturelle et de sa haute vocation, cf. 2 Corinthiens 4:7.
Ajoutons encore ici que ce nom d'Adam semble indiquer que la couleur primitive de la race humaine
aurait été le rouge, comme on le retrouve encore chez les races indigènes de l'Amérique; la tradition des
Juifs, des Américains et des habitants des îles de la mer du Sud a conservé le même souvenir.
L'homme n'ayant trouvé parmi les êtres vivants aucun être qui lui fût semblable, Dieu lit tomber sur lui un profond
sommeil, prit une de ses côtes, en forma une femme, et la présenta à Adam à son réveil, 2:18-22. Ce récit doit être
comprit figurativement comme étant le réveil de l’homme à la conscience de sa nature humaine faible et fragile qui
devait dépendre entièrement de Dieu pour son existence. Cette prise de conscience l’agita et l’irrita au point qu’il se
rebella contre Dieu et fut chassé de la grâce divine de laquelle il fut déchu.
On a quelquefois prétendu que les ressemblances frappantes qui se rencontrent dans les cosmogonies des
différents peuples, ainsi que dans celles de leurs traditions qui se rapportent à l'origine du genre humain,
ne pouvaient provenir que de la similarité de l'esprit humain dans tous les pays, similarité qui, à l'égard
de certaines choses, devait nécessairement conduire partout à un même résultat. Cette théorie est assez
vraie pour tout ce qui est du ressort de la réflexion et de la méditation; mais quand les traditions ne
peuvent s'expliquer, ni par le raisonnement, ni par l'expérience, il est clair qu'elles doivent provenir d'une
même source, et qu'elles nous indiquent une commune origine pour les peuples chez qui elles sont
nationales. Qu'y a-t-il, par exemple, dans la forme de la femme, qui ait jamais pu donner l'idée qu'elle ait
été primitivement tirée de l'homme et formée d'un de ses os? Or, cette tradition se retrouve chez les
peuples les plus éloignés et sans communication les uns avec les autres. En Chine, la femme du premier
homme est «la fille de la côte d'Occident», et son nom signifie «la grande aïeule qui entraîne au mal.» Les
Groënlandais disent que la première femme fut formée du pouce de l'homme. Les Indiens de l'Essequebo
prétendent qu'après que le Grand-Esprit eut créé tous les animaux, il finit par former un homme qui
tomba bientôt dans un profond sommeil; le Grand-Esprit l'ayant touché, il se réveilla et vit à ses côtés une
femme. Chez les Indiens, Il est question d'un premier homme, Viradj, créé sans femme; puis regardant
autour de lui, se voyant seul, il se plaint de sa solitude, il se divise lui-même en mâle et femelle et donne
naissance à toute la race humaine. Chez les habitants de la Nouvelle Zélande, le mot Iwi (Ève) signifie os,
et la première femme a été formée, selon eux, du corps de l'homme et dune de ses côtes. À Tahiti, le Dieu
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