porter jusqu'au lieu du supplice la croix à laquelle ils allaient être attachés, Matthieu 27:32; Jean 19:17. Ce
lieu était ordinairement situé hors de la ville, et près d'une route fréquentée: là on les dépouillait de leurs
vêtements, Matthieu 27:28; Jean 19:23-24, et après leur avoir donné un breuvage enivrant, cf. Matthieu
27:34, on les élevait sur la croix où des bourreaux armés de marteaux et de clous leur perçaient les mains,
et les attachaient: on leur clouait aussi quelquefois les pieds, quoique ce ne fût pas général, et tantôt
ensemble, tantôt séparément. Quelques auteurs pensent que pour empêcher le corps de s'affaisser sous sa
pesanteur, on plaçait une espèce de marche-pied sous les pieds du patient, mais l'on ne voit aucune trace
de cet usage dans les descriptions que les plus anciens auteurs nous ont données de la croix; en revanche,
ils nous parlent d'une sorte de chevalet ou grosse cheville fichée au milieu de la croix et sur laquelle le
malheureux se tenait comme à cheval.
— Cet affreux supplice était aussi long qu'il était cruel; aucun organe important n'était attaqué; le sang ne
coulait pas avec abondance, et la douleur partant des extrémités ne devait parvenir au centre que
lentement, par degrés, mais toujours en augmentant. On peut croire que la posture peu naturelle et
toujours la même du crucifié n'était pas un de ses moindres supplices; un sang enflammé se portant à la
tête et à la poitrine, et produisant de vives douleurs et de vives angoisses, l'excitation des muscles et des
nerfs, puis peu à peu le tétanos, voilà ce que l'on peut supposer et dire sur un supplice que l'on ne connaît
plus maintenant que par ouï-dire; mais en décrire l'horreur comme on la sent, c'est impossible. Ce n'était
ordinairement qu'au troisième jour que le malheureux expirait, et même on en a vu, doués d'une forte
constitution, surmonter les douleurs de la croix, et ne mourir que de faim sur l'instrument de leur
supplice. Chez les Juifs cependant, le supplice était abrégé par les lois toujours humanisantes de cette
législation: le crucifié devait être enseveli le soir même du jour où il avait été pendu au bois,
Deutéronome 21:23; c'est à cause de cela, et pour hâter la mort des condamnés, qu'on leur brisait les os
avant le coucher du soleil, Jean 19:31-32, cf. Josué 8:29. Les anciens laissaient les cadavres sur la croix,
exposés aux appétits des oiseaux de proie, et à toutes les intempéries d'un climat qui ne tardait pas à les
décomposer et à en infecter l'air. Il n'y a guère qu'un demi-siècle que le même usage subsistait encore en
Angleterre et dans quelques parties de l'Allemagne, et même afin que les parents ne vinssent pas enlever
les corps de leurs proches, on plaçait des gardes autour de la croix. Les Juifs, au contraire, soit dans un
intérêt hygiénique, soit surtout par respect pour la dignité humaine, ensevelissaient immédiatement leurs
condamnés, Matthieu 27:60, mais ils ne leur accordaient le privilège de reposer dans les sépulcres de leurs
familles, que lorsque leurs chairs avaient été déjà consumées dans les sépulcres publics; c'est pour
épargner à Jésus ce dernier déshonneur que Joseph d'Arimathée demanda la permission de l'ensevelir
dans un sépulcre neuf de sa possession.
La crucifixion était un supplice bien connu des anciens; on en trouve des traces chez les Égyptiens,
Genèse 40:19, chez les Perses, Esther 7:10; Esdras 6:11, et chez les Juifs, Nombres 25:4; Josué 8:29; 2 Samuel
21:6. Les Grecs, les Carthaginois et les Romains nous en fournissent aussi des exemples nombreux.
Flavius Josèphe raconte qu'Alexandre roi des Juifs, ayant fait crucifier huit cents de ses sujets rebelles,
ordonna, par surcroît de cruauté, que l'on mît à mort au pied de leur croix, sous leurs yeux, et pendant
qu'ils respiraient encore, leurs femmes et leurs enfants.
Il y avait des croix de différentes formes: c'étaient toujours deux pièces de bois croisées l'une sur l'autre,
mais quelquefois comme un X, quelquefois comme un T, le plus fréquemment dans la forme la plus
connue, celle que l'on donne aux crucifix et que l'on trouve sur presque toutes les gravures †. C'est cette
dernière forme que les anciens monuments et les médailles du temps de Constantin donnent à la croix sur
laquelle fut glorifié le Sauveur des hommes. Saint Jérôme la compare à un oiseau qui vole, à un homme
qui nage ou qui prie ayant les mains étendues horizontalement. Outre le tronc et les bras, elle avait donc
une pièce qui était le prolongement du tronc, et qui s'élevait derrière la tête du crucifié; c'est à cette pièce
que fut attaché l'écriteau de Pilate: «Jésus, de Nazareth, roi des Juifs.» La croix avait, dit-on, 15 pieds de
hauteur, et 7 ou 8 d'envergure; mais l'on n'en sait rien.
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