Voici maintenant quelques petites fables qui ont été inventées par une partie de l'église romaine, et qui
sont désavouées par l'autre. Seth, le troisième fils d'Adam, ayant obtenu de l'ange qui gardait le paradis
terrestre trois graines de l'arbre de vie, les planta sur le tombeau de son père; il en sortit trois petites
verges qui se joignirent, s'élevèrent en arbre, survécurent au déluge, furent abattues sous le règne de
Salomon, et firent une poutre dans la maison du Liban. La reine de Séba y étant entrée, remarqua cette
poutre, et annonça qu'elle servirait au supplice d'un homme qui détruirait le royaume d'Israël. Pour
détourner l'oracle, Salomon fit enterrer cette poutre à l'endroit du lavoir de Béthesda (au lieu de la
brûler!) Elle y fut découverte, quelque temps avant la passion du Sauveur, et servit à faire la croix.
Autre fable. On dit qu'elle était faite de quatre bois différents, de cyprès, de cèdre, d'olivier et de buis;
selon saint Bernard, les bras en étaient de palmier, le cyprès en formait la base, le cèdre la hauteur, et
l'olivier le chapiteau.
— D'autres disent tout simplement qu'elle était de chêne.
Autres fables et fraudes pieuses. On dit que sainte Hélène, mère de Constantin, trouva la vraie croix et en
envoya une partie en présent à son fils, qui la mit à Constantinople sur une colonne de porphyre; l'autre
partie, elle la renferma dans un étui d'argent, et la donna en garde à l'évêque de Jérusalem. «Or, avisons
d'autre part, ajoute Calvin, combien il y en a de pièces par tout le monde. Si je voulais réciter seulement ce
que j'en pourrais dire, il y aurait un rôle pour remplir un livre entier. Il n'y a si petite ville où il n'y en ait,
non seulement en église cathédrale, mais en quelques paroisses. Pareillement il n'y a si méchante abbaye
où l'on n'en montre. Et en quelques lieux, il y en a de bien gros éclats: comme à la Sainte Chapelle de
Paris, et à Poitiers et à Rome, où il y a un crucifix assez grand qui en est fait, comme l'on dit. Bref, si on
voulait ramasser tout ce qui s'en est trouvé, il y en aurait la charge d'un bon gros bateau. L'Évangile
testifie que la croix pouvait être portée d'un homme; quelle audace donc a-ce été de remplir la terre de
pièces de bois en telle quantité, que trois cents hommes ne les sauraient porter! Et de fait, ils ont forgé
cette excuse que, quelque chose qu'on en coupe, jamais elle n'en décroît. Mais c'est une bourde si sotte et
lourde, que même les superstitieux la connaissent.»
— Quant à l'écriteau, on le montre à Rome et à Toulouse.
Tout chrétien doit être affligé de voir ainsi profaner le sang de l'alliance, et faire un pareil trafic de choses
saintes. On a tout voulu convertir en musée, en curiosités, en marchandises, et devant la croix on fait
oublier aux pécheurs le salut de la croix; la lettre tue l'esprit, et l'on ensevelit la pensée sous la forme.
Nous ne blâmerons point ici la profusion des croix que l'on trouve dans les pays catholiques à tous les
embranchements de routes, sur tant de maisons, dans tant de chambres: nous nous rappelons même avec
émotion l'effet que produisit sur nous, il y a quelques années, la vue d'une croix que nous trouvâmes au
bord d'un chemin, dans le voisinage d'Orléans, et sur laquelle étaient écrites ces paroles, pauvres de
poésie, mais riches de sens et de piété:
Passant, devant la croix de ton Sauveur,
Pense qu'il est mort pour toi, pécheur.
Nous reconnaissons que plus d'une fois, assistant à de malheureuses messes et à de malheureux prônes,
gémissant sur l'idolâtrie des prêtres aveugles que nous entendions, et des brebis égarées qui
s'agenouillaient à certains signaux, nous nous consolions en regardant une croix qui s'élevait sur l'autel,
et qui semblait protester contre tout cet appareil de superstitions et de séductions. C'est avec une double
sympathie, mais avec les mêmes restrictions, que nous nous associons à ces paroles d'un théologien de la
langue française: «Aussi longtemps que nous ne pouvons, chrétiens plus éclairés, pénétrer jusque dans le
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