croyant pouvait prier et offrir ses victimes partout où il se sentait disposé à le faire, quoique l'on choisît
préférablement, soit des hauteurs solitaires où l'on pensait pouvoir communiquer plus directement avec
Dieu, Genèse 22:2; 31:54, soit des lieux où la Divinité s'était manifestée visiblement à quelqu'un des
membres de la famille; on y élevait alors un autel hâtivement et simplement travaillé, Genèse 12:7-8; 13:4;
26:25; 46:1, ou même une simple pierre que l'on consacrait par des libations d'huile, 28:18; 35:14.
Quelquefois c'était un bosquet, ou la réunion de quelques arbres, qui servait de temple à ces premiers
croyants, Genèse 13:18; 21:33: nous voyons même Isaac sortir et se rendre dans les champs pour prier,
24:63. Il ne paraît nulle part que ni l'une ni l'autre de ces deux formes du culte eussent été prescrites aux
patriarches: la prière sortait de leur cœur comme un besoin bien naturel, ou comme l'expression de leur
reconnaissance; les sacrifices étaient comme une prophétie intérieure, comme le pressentiment, vague
mais réel, du sacrifice qui devait un jour les réconcilier entièrement avec Dieu; il y avait plus de foi que
d'intelligence dans la pratique de cette cérémonie, et si les patriarches ne s'avouaient pas à eux-mêmes les
idées de condamnation et d'expiation, c'est qu'ils étaient encore des enfants dans la foi, peu formés, peu
susceptibles de recevoir et de supporter des doctrines plus avancées, plus profondes, plus mystérieuses;
mais comme des enfants ils aimaient leur Père céleste et lui offraient les dons que leur cœur leur inspirait.
C'est là ce que l'apôtre entend quand il dit en parlant des anciens, Hébreux 11:13: «Ils ont vu ces choses de
loin, ils les ont crues, ils les ont saluées.» À cette époque il n'y avait point encore de clergé; le chef de la
famille en était aussi le pontife: la seule exception qui semble contredire ce fait, c'est l'exemple de
Melchisédec, q.v.
Puis, par une suite de dispensations célestes, et qui avaient sans doute pour but de préparer les enfants
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à porter plus facilement le joug de l'Éternel, nous voyons cette famille
toute entière transportée en Égypte, et subissant là le pesant et cruel joug des Pharaons: c'est bien la
postérité d'Abraham, mais on cherche la religion d'Abraham, et sauf de rares exceptions l'on n'en trouve
plus les traces: les esclaves sont livrés à la sensualité; ce qu'ils aiment avant tout ce sont leurs concombres,
leurs aulx, leurs oignons, leurs marmites de viande: ce qu'ils adorent c'est la nature, ce sont les dieux de
leurs maîtres, un veau d'or et d'autres divinités diaboliques, Exode 32, Lévitique 17:7; Nombres 25:2;
Amos 5:25-26. Ils ont changé la gloire de Dieu, dit le Psalmiste, 106:20, en la figure d'un bœuf qui foule le
grain.
— Mais cette idolâtrie ne pouvait durer plus longtemps, Dieu ne pouvait oublier ses promesses: après le
retour des ténèbres devait venir le retour de la lumière: le culte spirituel et libre des patriarches n'ayant
pas suffi aux Israélites charnels, un culte de cérémonies et de formes allait succéder, revêtu d'une majesté
foudroyante; des menaces allaient se joindre aux promesses; le premier anneau de cette alliance allait être
pour les Israélites la délivrance de la servitude; en échange de cette délivrance ils promettraient de se
soumettre à la loi divine. Toutefois, pour le peuple de Dieu, ce changement extérieur de culte devait
amener une constitution plus sévère, au lieu de l'ange de l'Éternel, c'était Moïse, qui serait le chef du
peuple, et comme l'intermédiaire entre eux et le ciel.
Ce nouvel ordre de choses a pour base le monothéisme et le culte de Jéhovah, seul légal, et ordonné par la
Loi. Des cérémonies nombreuses sont établies; elles enlacent le peuple dans un long réseau de symboles
qui s'emparent de tous les détails de sa vie publique et particulière, et l'instruisent malgré lui en lui
communiquant et en le forçant à recevoir des idées et des impressions nouvelles. Leur Dieu est en même
temps leur roi; c'est le même qui leur donne à la fois des lois spirituelles et des lois matérielles, les lois du
culte et les lois de la vie civile, les lois saintes et les lois sanitaires, les lois pour le ciel et les lois pour la
terre: il n'y a pas deux consciences, pas deux morales, pas deux règles de conduite: il n'y pas les péchés
connus de Dieu seul, et ceux qui ne relèvent que de la justice humaine. Tout ce qui est délit sera
découvert et puni. Des directions positives, et négatives, des vœux, des offrandes, des sacrifices, des
ablutions, des jeunes, des fêtes, entrent dans la composition du nouveau culte, et doivent, tout ensemble,
humilier et sanctifier les Israélites: une pureté légale est établie, exigée, sans laquelle aucun acte du culte
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