Daniel; on arracha à Darius un édit par lequel tout homme qui, pendant trente jours, adresserait des
prières à une autre divinité qu'au roi lui-même, serait jeté aux lions. Daniel, qui n'a jamais fait étalage de
piété, ne craint point non plus de montrer sa foi; il doit l'exemple à ses coreligionnaires, il doit les soutenir
dans ce combat entre les dieux de Darius et Jéhova: sa position l'y oblige; s'il cède, tous céderont; s;il
persévère dans le bien, tous y persévéreront. Aussi, trois fois le jour il ouvre sa fenêtre du côté de
Jérusalem, se met à genoux, prie et célèbre son Dieu comme il faisait auparavant. Découvert, accusé,
condamné malgré le roi que sa parole engage, on le descend dans la fosse aux lions; mais ces animaux
affamés respectent l'oint de l'Éternel, et quand, au jour suivant, Darius, qui croit au Dieu de Daniel,
s'approche avec une vague et faible espérance de trouver son ami vivant, Daniel lui répond: O roi, vis
éternellement. Mon Dieu a envoyé son ange, et a fermé la gueule des lions, tellement qu'ils ne m'ont fait
aucun mal, parce que j'ai été trouvé innocent devant lui; et même à ton égard, ô roi, je n'ai commis aucune
faute. Daniel sort du tombeau triomphant; ses ennemis, qu'on y jette avec leurs femmes et leurs enfants,
sont dévorés «avant même qu'ils soient parvenus au bas de la fosse.» Le prophète reprend dans l'empire
son rang et son autorité, Daniel 6:11; c'est en grande partie à son influence qu'il faut attribuer la
permission donnée aux Juifs de retourner dans leur patrie. Lui-même resta à la cour, surveillant jusqu'à
sa mort les intérêts du règne de son divin maître, et mourut, à ce que l'on peut croire, âgé d'au moins
quatre-vingt-dix ans, quelques années après l'avènement de Cyrus.
Dieu n'avait envoyé Daniel à Babylone, et ne l'avait revêtu du ministère public qu'en vue du peuple
d'Israël, dont la régénération morale devait s'opérer pendant l'exil. Or, quoi de plus propre à atteindre ce
but que la mission de Daniel? Tous les Israélites pouvaient attacher leurs regards sur lui comme sur un
modèle de fidélité: ils voyaient se déployer en lui, même au milieu des idoles, toute la puissance du vrai
Dieu; jeune, il les encourage par sa fermeté; plus tard, il les soutient de son crédit et par les révélations de
sa sagesse surhumaine; vieillard, il affronte les lions, et, par sa haute position, s'expose aux premiers
coups, aux premiers châtiments, comme le sapin de la montagne qui détourne la foudre des arbustes qui
l'environnent, en l'attirant sur lui-même. Enfin ses prophéties consolantes devaient relever leur courage
abattu, et leur montrer dans un avenir peu éloigné le moment que les fidèles appelaient de leurs vœux les
plus chers.
Deux passages d'Ézéchiel, 14:14; 28:3, nous montrent que sa destinée providentielle fut comprise au
moins par quelques-uns de ses compatriotes; ils nous font voir en même temps combien Daniel devait
être un homme de prière, puisque de son vivant, un de ses contemporains, mû par l'esprit de Dieu, ne
craint pas de le citer avec Job et Noé, comme un des hommes dont l'intercession eût pu avoir le plus de
succès auprès du trône des miséricordes et de la justice. Sa sagesse y est également exaltée.
On s'est étonné quelquefois que Daniel n'ait pas été enveloppé dans une même condamnation avec ses
trois amis qui furent jetés dans la fournaise ardente pour avoir refusé d'adorer la statue de
Nébucadnetsar, Daniel 3; mais outre que Daniel pouvait se trouver accidentellement éloigné, il faut
remarquer que la fête de cette dédicace se fit dans la province de Babylone où les trois autres jeunes gens
étaient établis, tandis que Daniel qui avait un autre poste dans la ville même de Babylone, à la porte du
roi, 2:49, était peut-être retenu par sa charge même, loin d'une scène d'idolâtrie dans laquelle il aurait
certainement participé à la conduite, au supplice et à la délivrance de ses amis, s'il eût été appelé à y
assister.
Quoique le prophète ait été un homme pécheur comme nous, et qu'il le reconnaisse avec tant d'humilité
dans la belle prière du chapitre neuvième, on a fait la remarque que sa vie telle qu'elle est racontée ne
présente aucune espèce de taches, de même que celle de Joseph en Égypte: ce sont deux figures qui nous
offrent la plus grande pureté de caractère, nobles, droits, fidèles dans tout ce que nous en connaissons.
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