position fausse et difficile où il se trouva placé chez les ennemis de son peuple, obligé de vivre pendant
deux ans environ dans la dissimulation, le mensonge et la cruauté. À la bataille de Guilboah, conduit par
Akis dans les rangs des Philistins, il se trouve dans l'alternative inévitable ou de faire la guerre à son
peuple, ou de tirer perfidement l'épée contre un bienfaiteur trop confiant, dont il avait accepté
l'hospitalité. La méfiance des Philistins, en le faisant renvoyer, lui épargna un crime; la prise de Tsiklag,
qu'il trouva brûlée et pillée par les Hamalécites, paraît avoir été le châtiment dont Dieu se servit pour le
faire rentrer en lui-même. Près de périr par la main des siens, que l'enlèvement de leurs femmes, de leurs
enfants et de leurs biens avait exaspérés, il se fortifia en son Dieu, apaisa ses gens, poursuivit et atteignit
les pillards, reprit tout ce qu'il avait perdu, et fit en outre un immense butin. C'est ce butin qui lui servit à
regagner, par des présents faits à propos, la bienveillance des principaux Israélites.
Sur ces entrefaites, la mort de Saül lui ouvrit les avenues du trône, et la tribu de Juda le reconnut pour son
roi. Il avait trente ans alors; il choisit pour résidence l'antique ville d'Hébron. Is-Boseth, fils de Saül, fut
mis à la tête d'Israël par les légitimistes de l'époque, et une longue guerre s'en suivit. La défection et la
mort d'Abner, la trahison de Bahana et de Récab, qui assassinèrent Is-Boseth, y mirent un terme. David,
en punissant de mort les meurtriers de Saül d'abord, puis les lâches assassins du fils de Saül, se montra
juste et récompensa dignement les traîtres. On regrette qu'il n'ait pas montré la même fermeté envers
Joab, son neveu, meurtrier d'Abner. Le crédit et l'influence de ce vaillant homme de guerre auprès de
l'armée le sauvèrent; David n'osa pas en le punissant compromettre une autorité faible encore et précaire.
Maître de tout Israël, à l'âge d'environ quarante ans, David prend Jérusalem sur les Jébusiens, et y fixe sa
résidence. Il abaisse et humilie les Philistins, ces ennemis constants du peuple de Dieu. L'arche, qui
depuis la mort d'Héli, était restée séparée du sanctuaire, est conduite avec pompe et aux acclamations
unanimes du peuple, dans un tabernacle dressé pour elle en Sion. David projette la construction du
temple; Dieu réserve cette gloire à Salomon, mais prononce dans cette occasion solennelle l'oracle qui fixe
dans la famille de David la succession de la royauté qui devait aboutir au Messie. La prospérité de David
parvient à son comble, ses ennemis sont subjugués tout alentour, leurs insultes et leurs efforts ne servent
qu'à étendre la domination d'Israël, et les limites annoncées par Moïse sont atteintes pour la première
fois.
Cette prospérité, le succès de ses armes et la gloire de son règne exercèrent sur l'âme de David une
funeste influence. Ses mœurs s'amollirent; son âme s'endormit dans les délices. Pendant qu'il savourait à
Jérusalem les douceurs et le luxe d'une royauté orientale, et que son armée, sous la conduite de Joab,
faisait le siège de Rabbath-Hammon, David se laissait séduire par la beauté de Bath-Séba, femme d'Urie,
et tombait dans l'adultère; après avoir échoué dans les odieuses intrigues qu'il tenta pour cacher les traces
de son crime, il fut conduit de péché en péché, à faire périr, par la main des Hammonites, Urie et
plusieurs de ses plus vaillants et de ses plus fidèles serviteurs. Enfin réveillé de son sommeil de péché, et
rappelé à lui-même par la voix fidèle de Nathan, David montra, par sa sincère et profonde repentance, les
dispositions saintes qui l'animaient et qui, après une funeste et trop longue interruption, avaient repris
possession de son âme. Il avait alors 52 ans.
Mais, dès ce moment, la prospérité qui lui avait été si fatale se retira de lui, et depuis cette époque jusqu'à
la fin de son règne, son âme fut maintenue dans l'humilité, la défiance d'elle-même et la soumission au
Seigneur, par une suite de calamités publiques ou particulières. Les désordres domestiques qui
souillèrent et ensanglantèrent sa maison, la violence exercée par Amnon contre sa sœur Tamar, la
vengeance sanglante qu'Absalon tira de cette offense, l'exil de ce fils bien-aimé qui en fut la suite, le
retour toléré d'abord, puis la grâce complète de ce jeune homme dont le crime n'était pas sans excuse,
l'ingratitude de celui-ci, ses menées, la guerre civile qu'il alluma pour enlever à son père le royaume et la
vie, révolte qui fut bien près d'être couronnée par la victoire; tous ces événements trouvèrent David,
souvent faible peut-être dans le gouvernement de sa famille, mais humble, mais fort, mais grand dans sa
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