l'équilibre de ces eaux que l'Écriture désigne en disant que, lors du déluge, «les bondes des cieux furent
ouvertes», 7:11.
D'un autre côté la Bible, par l'expression «abîmes», semble indiquer des amas d'eaux souterraines dont
l'importance nous est inconnue; ce sont les eaux sur lesquelles la terre est fondée et étendue, Psaumes
24:2; 136:6, et qui ont été rassemblées comme en un amas dans les lieux cachés de l'intérieur de la terre,
Psaumes 33:7. L'eau que recelaient les entrailles du globe se mit à jaillir à sa surface par torrents, comme
cela arrive encore de nos jours dans certains tremblements de terre très violents; elle grossit en même
temps les mers, qui s'accrurent, s'élevèrent et débordèrent, selon l'énergique expression d'Éliphaz,
«comme un fleuve qui a emporté anciennement le fondement des injustes, lesquels ont été retranchés
avant leur temps», c'est-à-dire avant la fin naturelle de leur longue vie, Job 22:16.
Le texte ne dit pas quelle est la cause qui a expulsé les eaux souterraines du sein de la terre, et les a fait
jaillir à sa surface; mais une tradition rabbinique donnera peut-être la clé de ce phénomène. Les rabbins
prétendent, en effet, que les eaux du déluge étaient chaudes; s'il en est ainsi, l'on pourrait chercher la
cause de leur soulèvement dans une action extraordinaire de la chaleur interne (Rougemont, Fragments,
etc, p. 23).
Enfin la pluie, phénomène atmosphérique tout nouveau pour le monde antédiluvien, et qui dura
quarante jours et quarante nuits, fut la troisième, et probablement la moins importante des causes qui
amenèrent le déluge. On pourrait croire que la nouveauté de ce phénomène parut alors si extraordinaire,
que les mots «les fontaines de l'abîme et les bondes des cieux» ne se trouvent là que par amplification,
comme par une figure de rhétorique; mais si l'on fait attention au texte, l'on verra que la pluie ne tombe
que pendant quarante jours, 7:17, tandis que les eaux continuent à croître par trois degrés bien marqués,
après qu'elle a cessé de tomber, versets 18, 19, 20, croissance qui ne pouvait plus être attribuée à la
précipitation de l'humidité contenue dans l'atmosphère.
En considérant comme des effets ces trois déplacements des substances liquides de notre planète,
diverses causes ont été proposées pour en expliquer l'origine. Nous ne répéterons pas ici les théories
fantastiques de Woodward, Whiston, Scheuchzer, Demaillet, Lamarck, Rodig, Patrin et autres; mais il en
est une, celle de Burnet, qui mérite d'être citée comme plus conforme à certains passages de la Bible et à
certains phénomènes naturels.
En 1680, l'évêque Burnet publia un livre intitulé; «The sacred Theoiy of the Earth, containing an account
of the Original of the Earth, and of all the general changes which it hath already undergone, or is to
undergo, till the consummation of all things.» Quoique ce titre soit passablement ambitieux, l'ouvrage le
justifie du moins à un certain degré, car en prenant l'Écriture sainte pour guide, le génie de Burnet a
deviné pour ainsi dire plusieurs faits relatifs aux révolutions de la surface du globe, que les découvertes
de la science, un siècle après sa mort, ont confirmés, ou rendu de plus en plus probables. Il attribue à la
terre antédiluvienne une température plus égale que celle d'aujourd'hui, et semblable à un printemps
perpétuel; il fait sortir les eaux du déluge des lieux profonds et cachés de la terre; il parle de la
conflagration qui attend notre globe, et des nouveaux cieux et de la nouvelle terre qui paraîtront après cet
embrasement. Tout cela est, à la vérité, mélangé de diverses erreurs, provenant de l'ignorance où l'on était
alors de la plupart des lois de la physique; mais ces erreurs ne doivent pas nous faire rejeter ce qu'il y a de
vrai dans l'ensemble de ses idées.
— L'un des principaux traits de ce système, c'est sa théorie du changement de l'axe de la terre, opinion
déjà proposée par un Italien (Alessandro degli Alessandri), au commencement du seizième siècle; cette
idée fut combattue par Newton et, plus tard, par Laplace qui cherchèrent à démontrer son improbabilité,
ainsi que par Butler qui tourna le système de Burnet en ridicule. Cependant, si l'on suppose que ce
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