Page 344 - Dictionnaire de la Bible de J.A. Bost 1849 - 2014

Version HTML de base

nouveau disparaître, comme cela est déjà plusieurs fois arrivé.» (La Bêche) Ainsi, en ne tenant compte
que des eaux actuellement connues, on voit qu'il y aurait amplement de quoi inonder toute la terre.
M. Élie de Beaumont croit que l'élévation des hautes chaînes de montagnes, comme celle des Andes, par
exemple, produite par un soulèvement du terrain, aurait été suffisante pour occasionner un déluge de
l'autre côté du globe; cette idée adoptée par de savants géologues, Buckland, Sedgwick, de La Bêche, est
combattue, presque tournée en ridicule par un autre savant, Lyell, et au milieu des opinions et des
systèmes les plus divers sur les moyens dont il a plu à Dieu de se servir pour effectuer le déluge, il est
difficile de distinguer où est la vérité. Jusqu'à présent il nous a paru que l'hypothèse de De Luc, déjà
proposée par Hooke en 1688, était encore celle qui concordait le mieux avec la Bible; et bien qu'elle soit
rejetée par des savants modernes pour les lumières desquels nous avons une haute estime, c'est à elle que
nous croyons devoir nous arrêter jusqu'à ce qu'on nous en fasse connaître une qui se justifie davantage.
Voici comment elle est présentée par Cuvier: «Je pense donc, avec MM. Deluc et Dolomieu, que s'il y a
quelque chose de constaté en géologie, c'est que la surface de notre globe a été victime d'une grande et
subite révolution dont la date ne peut remonter beaucoup au-delà de 5 ou 6,000 ans; que cette révolution
a enfoncé et fait disparaître les pays qu'habitaient autrefois les hommes et les espèces d'animaux
aujourd'hui les plus connues; qu'elle a, au contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en a formé les
pays aujourd'hui habités; que c'est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par
elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis à sec. Mais ces terrains avaient déjà
été habités auparavant, sinon par des hommes, du moins par des animaux terrestres; par conséquent une
révolution précédente les avait mis sous les eaux, et si l'on peut en juger par les différents ordres
d'animaux dont on y trouve les dépouilles, ils avaient peut-être subi jusqu'à deux ou trois irruptions de la
mer.» (Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du globe, 3e édition, p. 283)
Comparons maintenant ce résultat de la science avec ce que nous dit la Bible, et nous y trouverons un
accord remarquable. En parlant des hommes antédiluviens, Dieu dit: «Je les détruirai, et la terre avec
eux», 6:13. Soutenir que «toutes choses demeurent dans le même état qu'au commencement de la
création, c'est ignorer volontairement ceci: c'est que les deux et la terre furent autrefois créés par la parole
de Dieu;» cette terre «qui fut tirée de l'eau, et qui subsistait parmi l'eau, périt par ces choses mêmes;» «le
monde d'alors périt étant submergé par les eaux du déluge», 2 Pierre 3:4-6. Or, ces expressions si fortes:
«je détruirai la terre des méchants», — «le monde d'alors périt par les eaux», peuvent-elles s'entendre
d'une submersion momentanée d'un pays? Supposons que l'Angleterre, par un affaissement des couches
souterraines, par une élévation de l'Océan, ou par toute autre cause, vienne à être inondée pendant
quelques mois; puis qu'elle ressorte des eaux et se couvre comme auparavant de végétation; qu'un petit
nombre d'Anglais échappent à l'inondation dans un vaisseau, avec des animaux, puis qu'un an après,
lorsque les eaux se sont écoulées, ils débarquent sur ce même pays, qu'ils l'habitent de nouveau et le
cultivent comme auparavant, pourra-t-on dire que l'Angleterre a été détruite? qu'elle a péri avec tout ce
qu'elle contenait? Non, ces expressions indiquent une destruction plus complète, telle, par exemple, que
celle qui aurait été la conséquence naturelle de l'affaissement des anciens continents et de leur
submersion permanente. Ceci explique aussi pourquoi l'on ne trouve point sur la terre actuelle de fossiles
humains; tous les habitants de l'ancien monde, tant hommes qu'animaux terrestres, ont dû être entraînés
au fond de l'Océan, où, mêlés avec le limon qui y a été déposé dans la suite des siècles, ils contribueraient
maintenant à la formation des roches sub-marines (comme les animaux victimes des révolutions
antérieures), si le, jour ne s'approchait pas où la mer sera forcée de «rendre les morts qui sont en elle»,
Apocalypse 20:13.
À cette théorie l'on a objecté que la Bible en nous donnant, Genèse 2, la description d'une partie du
monde antédiluvien, emploie les noms de lieux actuellement existants, nous parle du Gihon, de
l'Euphrate, du pays de Havila, du pays de Cus, de l'Assyrie; c'est donc en ces lieux, a-t-on dit, et autour
de ces lieux, qu'ont habité les premiers hommes; les anciens continents sont donc aussi les mêmes que
342