ceux que nous connaissons aujourd'hui. Mais si l'on insiste sur la similarité des noms, on oublie les
rapports de position relative qui nous sont indiqués dans ce chapitre, rapports qui ne se retrouvent
nullement dans les localités actuellement existantes. En effet, que lisons-nous? «Un fleuve sortait d'Éden
pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre fleuves.» Les savants et les commentateurs de la
Bible se sont donné une peine infinie pour expliquer ce passage; on a voulu voir dans les fleuves du
paradis quatre rivières existantes de nos jours. Quant à l'Euphrate, dit-on, il ne peut y avoir aucun doute,
c'est le fleuve connu aujourd'hui sous ce même nom; le Tigre est clairement désigné dans la Bible sous le
nom de Hiddekel; le Phasis est le Pison, et l'Araxe le Guihon: ces quatre fleuves sortent tous de l'Arménie;
c'est là donc qu'était le paradis terrestre. Mais il est évident que quoique ces rivières prennent leur source
dans des contrées peu éloignées les unes des autres, elles n'ont jamais pu former un seul fleuve divisé en
quatre bras. L'Euphrate a deux sources; celle qui est la plus voisine de L'origine du Tigre en est encore
distante de 400 kilomètres. La source de l'Araxe (qui se jette dans la mer Caspienne) est, il est vrai, à
quelques lieues d'une des sources de l'Euphrate, près d'Erzeroum, mais elle en est séparée par une chaîne
de montagnes; le Phasis enfin, que l'on suppose être le Pison, prend sa source à près de 320 kilomètres au
nord de celle de l'Euphrate. On ne peut donc rattacher les fleuves paradisiaques à l'Euphrate actuel.
Les raisons qui ont été proposées en faveur de cette hypothèse pourraient tout aussi facilement
s'appliquer au Djihoun (l'Oxus), qui prend sa source à 2,000 kilomètres d'Erzeroum, dans les monts du
Belour, et se jette dans la mer d'Aral. Il serait facile de chercher dans le Sinon ou Jaxartes, et dans deux
autres grandes rivières dont les sources sont peu éloignées de celles du Guihon, le Hiddekel, le Pison et
l'Euphrate.
Si les noms des fleuves sont un guide incertain pour trouver le site d'Éden, et par conséquent
l'emplacement des anciens continents, les noms des pays le sont tout autant. Où est le pays de Havila?
Deux descendants de Noé ont porté ce nom, l'un fils de Cus, l'autre fils de Joktan, Genèse 10:7,29, et cela
lors de la dispersion; duquel des deux s'agit-il, et où leur portion leur a-t-elle été assignée? Qu'est-ce aussi
que ce pays de Cus? Ce nom est donné dans la Bible tantôt à l'Arabie Pétrée, tantôt à la Bactriane, tantôt à
l'Assyrie, tantôt à l'Éthiopie ou la Nubie. Après toutes ces incertitudes, qui nous garantit que le pays
nommé Assur, Genèse 2:14, soit bien le même qui fut plus tard l'Assyrie P.
Nous ne rappellerons pas ici les diverses hypothèses qui ont été faites pour concilier la description du
jardin d'Éden avec un endroit quelconque de la terre; il est facile de les réfuter. L'on n'a pu découvrir
jusqu'à présent la véritable position du paradis terrestre, et on ne Je pourra jamais, s'il est vrai, comme
nous le croyons, qu'il ait été englouti au fond des mers par le déluge avec les anciens continents; mais
l'explication qui nous paraît la plus naturelle et la plus simple est celle-ci: de même que les colons
européens qui se sont établis en Amérique, ont donné aux localités nouvelles pour eux des noms de leur
ancienne patrie qui leur étaient chers, comme Nouvelle-Espagne, Nouvelle-Angleterre, New-York,
Nouvelle-Orléans, ou même des noms européens sans y ajouter l'épithète de nouveau, comme Boston,
Vevey, Paris, Francfort, etc.; ainsi les Noachides, à leur sortie de l'arche, donnèrent probablement aux
montagnes, aux vallées, aux rivières qu'ils découvrirent, les noms qui leur avaient été familiers avant le
déluge; cela explique comment on trouve de grandes rivières comme le Guihon, le Hiddekel (ou Tigre), et
l'Euphrate, portant des noms antédiluviens, quoique dans une position géographique relative très
différente de leurs prototypes.
Autre difficulté: le mont Ararat, sur lequel l'arche de Noé s'arrêta, est aujourd'hui couvert de neiges qui
ne se fondent jamais; comment Noé et sa famille ont-ils pu vivre dans une température si froide et dans
un air si raréfié?
— Réponse: à mesure que les eaux s'élevaient, les couches atmosphériques s'élevaient avec elles, de telle
façon que l'air qui environnait l'arche au moment même de la plus haute crue des eaux, n'était ni plus
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