froid, ni plus raréfié que celui qu'on respirerait de nos jours au niveau de la mer à la même latitude. Ceci
est d'autant plus important à remarquer que nous verrons tout à l'heure que l'arche s'est probablement
arrêtée dans des régions bien autrement élevées, relativement aux basses terres actuelles, que ne le sont
les montagnes de l'Arménie.
Pour n'avoir pas voulu recevoir purement et simplement le récit de Moïse, on s'est aussi créé bien des
difficultés relativement à l'arche. Nous ne les rappellerons pas ici, puisqu'elles sont traitées et aplanies
dans une autre partie de cet ouvrage (— Voir: Arche); nous ajouterons seulement que, si comme on a tout
lieu de le croire, la température de la terre était avant le déluge plus chaude et plus uniforme qu'elle ne
l'est de nos jours; si de plus, comme M. de Rougemont l'a établi, le nombre des espèces d'animaux était
moindre avant qu'après le déluge, il n'y a rien que de très facile à comprendre dans tout ce récit. Avant le
déluge, les hommes ne formaient qu'un peuple; les animaux habitaient probablement ensemble les
mêmes climats, les mêmes contrées; par conséquent ils n'eurent pas de longs voyages à faire pour se
rendre dans l'arche, ainsi qu'on a voulu le supposer.
Nous ne pouvons nous empêcher de faire ici un rapprochement qui offre quelque intérêt. En 1839, un
ouragan effroyable avait soulevé les flots du golfe de Bengale avec tant de violence que la mer se porta
avec une force extraordinaire sur les terres, remontant à quelques lieues dans l'intérieur par le Delta du
Gange; les îles qui se forment à l'embouchure du fleuve par l'accumulation du limon, et qui dans ce
climat chaud et humide se couvrent promptement de végétation et d'animaux, furent en partie entraînées
par les eaux, ce fut en particulier le sort de la grande île de Saint-Edmond qui était cultivée et habitée par
une population assez nombreuse. On vit alors hommes et quadrupèdes, oiseaux et reptiles chercher le
même abri contre la fureur des eaux; dans un jardin dont les murs avaient résisté au courant, se
réfugièrent pêle-mêle et sans penser à se nuire réciproquement, des Européens, des Malais, des Indous,
des animaux domestiques, des serpents, des cerfs et deux tigres sauvages, tout autre instinct ou
disposition de timidité ou de férocité naturelle cédant au besoin de pourvoir à la sûreté individuelle, et
disparaissant devant l'effroi qu'inspirait le combat des éléments déchaînés.
Sans doute les animaux furent dirigés vers l'arche par une intervention spéciale de la Providence, comme
celle qui fit prendre aux deux génisses des Philistins le chemin de Bethsémès, 1 Samuel 6:9-12. Mais il est
bien possible que l'effroi que devait leur causer des phénomènes aussi effrayants et aussi inaccoutumés
que la rupture des sources du grand abîme et des cataractes des deux, ait été un moyen de dompter
temporairement leur férocité naturelle, et de les assujettir au très petit nombre d'hommes qui se
trouvaient enfermés avec eux.
Au cent cinquantième jour, est-il dit dans le texte, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat; les eaux
environnantes continuèrent à décroître, et ce ne fut que dix semaines plus tard que l'on aperçut le sommet
des montagnes; il fallait donc que celui de l'Ararat fut excessivement élevé en proportion des autres, et
cela ne s'accorde pas avec ce qui nous est connu des centrées de l'Arménie où existe de nos jours le volcan
de ce nom. L'on peut concilier de plusieurs manières cette contradiction apparente. En effet, il est bien
possible que la Genèse, en disant, 8:4, que l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat, veuille dire
simplement au-dessus, mais sans les toucher; s'il en est ainsi, l'on comprend qu'il se soit écoulé soixante et
douze jours entre le moment où l'arche s'arrêta, et celui où les premiers sommets des montagnes
parurent; car, pour ne pas parler des hautes cimes des monts Yunnan en Chine, qui n'ont pas encore été
mesurées, le plus haut pic dont on connaisse l'élévation en nombres, celui du Chamalari dans l'Himalaya,
a 26,266 pieds, (environ 9000 mètres); ce qui, en y ajoutant 15 coudées, soit 22 pieds, donnerait pour le
maximum de la crue des eaux diluviennes une hauteur totale de 26,288 pieds. Lors donc que le sommet
du Chamalari parut à fleur d'eau, il y avait encore au-dessus de l'Ararat une couche de liquide de 14,288
pieds d'épaisseur, puisque celui-ci n'a que 12,000 pieds d'élévation; ou, ce qui revient au même, le
Chamalari devait déjà être de 14,260 pieds hors de l'eau quand le sommet de l'Ararat parut. Si l'on veut
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