Les Israélites paraissaient en effet avoir eu plus que d'autres peuples le besoin intérieur de connaître
l'avenir; peut-être l'avaient-ils apporté d'Égypte, peut-être aussi les prophéties anciennes et glorieuses
qu'ils n'ignoraient pas, mais dont ils n'avaient pas non plus une intelligence bien claire, leur faisaient-elles
désirer d'en connaître davantage, et de pénétrer plus avant dans un mystère pour eux plein d'espérances
et de charmes. Quoi qu'il en soit, le mal existait: Moïse, en leur donnant la loi qui devait en faire un
peuple à part, leur annonça d'un côté que l'esprit de prophétie ne sortirait pas du milieu d'eux (— Voir:
Urim et Thummim), mais il leur défendit de l'autre sous des peines extrêmement sévères d'user de
divination, de pronostiquer le temps, de rechercher ceux qui ont l'esprit de Python, les devins, les
sorciers, les enchanteurs, ceux qui disent la bonne aventure et ceux qui consultent les morts, Lévitique
19:26,31; 20:6; Deutéronome 18:10. Ces lois étaient si rigoureuses que les malheureux animés de l'esprit de
Python, ou qui faisaient seulement profession de l'être, étaient condamnés à mort, et lapidés vifs.
Lévitique 20:27.
Malgré ces lois, ou plutôt parce qu'une loi qui contrarie un penchant l'excite au lieu de le réprimer (cf.
Romains 5:20), les Israélites se montrèrent dans toutes les périodes de leur histoire, et surtout sous les rois
idolâtres, adonnés aux mages, aux sortilèges et aux superstitions de toutes espèces, cf. 1 Samuel 28:3,9; 2
Rois 21:6; 23:24; Ésaïe 8:19; Jérémie 29:8; Michée 3:11; Zacharie 10:2: ils allèrent même consulter les oracles
des païens, 2 Rois 1:2. Le culte de Bahal avait son cortège de prophètes divinateurs, 1 Rois 18:19, les
Philistins fournissaient leur contingent, 1 Samuel 6:2, et les Juifs eux-mêmes virent dans leur propre sein
surgir de ces industriels auxquels le peuple, comme partout, s'empressait d'apporter de l'argent, Michée
3:11; cf. Actes 16:16.
Il y avait diverses sortes de divinations et de devins; les uns se bornaient à l'examen de certaines
circonstances, ou accidents naturels, c'est ce qu'on a appelé magie naturelle; d'autres empruntaient tout
simplement le secours de l'art, c'était la magie artificielle; d'autres consultaient les morts ou les mauvais
esprits (magie noire ou diabolique); d'autres enfin devinaient d'inspiration, de pressentiment, de seconde
vue. À la première classe appartenaient, parmi les exemples qui nous sont conservés dans l'Écriture:
a.
L'interprétation des songes, q.v.
b.
l'examen des mouvements des serpents: c'est même cette espèce de divination que semble
indiquer le terme hébreu, Lévitique 19:26; Deutéronome 18:10; 2 Rois 17:17; 21:6. (nichesh deviner,
nachash serpent). Bochart a recueilli quelques faits à l'appui de cette idée; les Égyptiens avaient des
serpents qu'ils appelaient de bons génies, et dont ils aimaient à placer la figure sur leurs abraxas ou
talismans: beaucoup de peuplades orientales ont encore leurs serpents sacrés que consultent les jongleurs,
et l'on se rappelle les serpents de Pallas (Virgile Æneid. 2). Les mots grecs et latins par lesquels les
Septante et la Vulgate ont traduit l'hébreu, font entrer dans leur composition les oiseaux (augures), au
lieu de serpents; mais il est clair que, soit dans le texte, soit dans les traductions, il convient de s'en tenir à
l'idée générale de divination, sans égard aux moyens employés.
c.
Les baguettes, ou bâtons divinatoires; on croit en trouver la trace, Ézéchiel 21:26 (il a secoué les
flèches), et Osée 4:12 (mon peuple demande avis à son bois, et son bâton lui répond). Le premier de ces
passages contiendrait une allusion à l'ancien usage des Caldéens, d'écrire sur des flèches ou sur des
baguettes le nom des villes où ils voulaient se rendre, ou des choses qu'ils voulaient entreprendre, de
mêler ensuite ces baguettes dans un carquois, de tirer au hasard et de se décider suivant celle qui sortait
la première. La plupart des peuples ont connu ce moyen de deviner, qui est peu malin, et que les enfants
remplacent chez nous par le jeu d'épingle. Cette interprétation est possible; le prophète dirait alors que le
roi de Babylone, incertain par quel ennemi commencer, a jeté sur les villes le sort des flèches, et qu'il
marchera d'abord contre Jérusalem: on peut le comprendre cependant autrement encore. Quant au
passage d'Osée, il supporte également cette explication, mais d'autres aussi sont permises; ou bien: il
consulte ses idoles de bois, et elles lui répondent (par le moyen de leurs prêtres); ou bien: ce peuple
aveugle, qui ne peut se diriger par la lumière, se dirige au moyen de son bâton, en tâtonnant. «Il me
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