L'enfer, dans le sens théologique du mot, est appelé dans la Bible le feu éternel, la géhenne du feu,
Matthieu 18:8-9; la géhenne, le feu inextinguible, où le ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point,
Marc 9:43; sq. (d'après Ésaïe 66:24, à qui déjà les apocryphes ont emprunté cette expression, Ecclésiastique
7:17; Judith 16:21); la mort, 1 Corinthiens 15:55-56; 1 Jean 5:16; la punition éternelle, Matthieu 25:46; le
jugement ou la ruine éternelle, Marc 3:29; 2 Thessaloniciens 1:9; l'étang ardent de feu et de soufre,
Apocalypse 19:20; la mort seconde, Apocalypse 20:14; des liens éternels, Jude 6; les ténèbres du dehors,
où seront les pleurs et les grincements de dents, Matthieu 8:12; un opprobre et une infamie éternelles,
Daniel 12:2, etc.
Il est évident que ces expressions sont, sous la plume des écrivains inspirés, des figures, des images
humaines, dont le sens général est que l'enfer sera un séjour affreux. Mais est-ce que sous la figure on doit
voir aussi la réalité, le ver, le feu, les ténèbres, le soufre, les liens? Il serait certainement aussi téméraire de
le nier que de l'affirmer, et nous n'oserions aller jusque-là; mais il n'est pas sans intérêt de remarquer que
plus on a spiritualisé le ciel, plus on a matérialisé l'enfer. Serait-ce que l'homme comprend mieux la
douleur que le bonheur? Serait-ce que dans son état actuel, déchu, l'homme puisse mieux se représenter
le malheur que la joie infinie? Il en résulterait alors qu'il faudrait prendre le contre-pied de l'imagination
des hommes, et spiritualiser le mal, comme nous avons vu (article Ciel) que le bien avait été trop idéalisé.
(Le mot enfer porte la notion de solitude et d'éloignement. Il désigne plus précisément une attitude de mépris qui
dévore comme un feu rugissant celui qui porte seule la culpabilité de ses péchés dans une isolation éternelle. Tel est
le lot de tous les réprouvés que Dieu a déterminé de juger et de condamner dans sa justice selon son décret de
Prétérition.)
«Ubi est infernus? Quales futuri sunt cruciatus isti?» dit Hutterus. Où est l'enfer? Quels en seront les
tourments? Et après avoir posé cette double question, il refuse d'y répondre. L'Écriture ne nous en dit
rien, sinon que notre intelligence ne les saurait concevoir ni aucune langue les décrire.
La rage aux yeux hagards, le délire effréné,
Le vertige troublant l'esprit désordonné,
La colique tordant les entrailles souffrantes,
Les ulcères rongeurs, les pierres déchirantes,
Et la triste insomnie au teint pâle, à l'œil creux,
Et la mélancolie au regard langoureux,
La toux, l'asthme essoufflé, dont la fréquente haleine
Par élans redoublés entre et sort avec peine;
Et l'enflure hydropique, et l'étique maigreur,
Et des accès fiévreux la bouillante fureur;
L'évanouissement, la langueur défaillante,
Et la goutte épanchant son âcreté brûlante,
Et du catarrhe affreux les funestes dépôts,
Et la peste qui, seule, égale tous ces maux.
Est-ce l'enfer dont Milton offre ici le désolant tableau? (Paradis perdu, XI, traduction Delille.) Non, il ne
s'agit que de la vie présente, d'une partie seulement des maux physiques de l'humanité. Que sera donc
l'enfer! et comment le décrire, lorsqu'on peut à peine décrire tout ce que notre monde recèle de douleurs
et d'angoisses?...
Les deux premiers chants de Milton, bien dignes de ce vaste et noble génie, suffisent cependant à prouver
l'insuffisance même du génie et de l'imagination la plus colorée pour dire les horreurs de l'existence
infernale.
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