Page 409 - Dictionnaire de la Bible de J.A. Bost 1849 - 2014

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Aucun auteur moderne, à ma connaissance, n'a touché ce sujet, au moins directement. Je n'ai pas de
système, ni même de vues générales, à présenter sur une matière où l'Écriture, en empruntant aux
hommes leur langage, semble par là même refuser de les initier aux secrets de l'avenir. Mais quand l'enfer
ne serait qu'une peine négative, la privation de la vue du Seigneur, avec la conscience d'avoir mérité cette
peine, l'enfer justifierait déjà l'horreur que son nom seul inspire. Les réprouvés seront comme oubliés de
Dieu; leur nom ne passera plus par ses lèvres, Psaumes 16:4. Il est lumière, ils seront dans les ténèbres. Il
est la source de la vie, il ne sera plus rien pour eux. Ils ont refusé de porter son joug, son joug ne pèsera
plus sur eux; celui qui était souillé se souillera toujours davantage; ils iront en empirant, creusant
toujours plus l'abîme qui les sépare de celui sans qui ils ne sauraient vivre; et s'en-fonçant toujours plus
dans la fange de l'étang bourbeux où ils sont plongés, progressant dans la mort comme les rachetés dans
la vie, ils se seront vus privés par leur faute des biens que Dieu leur avait offerts, et souffriront de cette
décadence morale et intellectuelle que l'Écriture appelle la seconde mort. Sera-ce l'anéantissement?
Quelques personnes, qui attachent à la doctrine de l'éternité des peines, comme dogme, une grande
importance (et elles ont raison), trouveront peut-être hardi, peut-être hérétique, le simple doute de la
possibilité d'un anéantissement. Il ne nous paraît positivement contredit par aucun passage, mais comme
ce n'est qu'un doute, il y aurait mauvaise grâce à y insister, et nous nous rapprocherons de la doctrine
reçue en disant: sera-ce l'abrutissement? la dégradation de l'être tout entier poussée à sa dernière limite?
Nous ferons encore un pas, et laissant subsister l'être moral, nous demanderons: Sera-t-il simplement
privé de la conscience de soi-même? de l'idée de temps? de l'idée d'éternité?
Doutes et questions qui nous paraissent légitimes, et dont nous hésitons d'autant moins à nous occuper
que la doctrine des peines éternelles nous paraît plus clairement, plus positivement établie par la lettre de
l'Écriture. Il n'y a pas d'exégèse, en effet, ni d'interprétation qui puisse ôter à des passages tels que Ésaïe
66:24; Daniel 12:2; Matthieu 3:12; 12:32; 18:8; 25:41,46; 26:24; Marc 9:43; sq. Jean 3:36; 2 Thessaloniciens 1:9;
Apocalypse 9:6; 20:10 (Jude 6:7), le sens simple et naturel que l'église chrétienne de tous les temps leur a
toujours reconnu. C'est une chose hors de question; la réjection des réprouvés sera éternelle. Nous
n'épiloguerons pas sur les mots, quoique ce soit ici que se posent les questions: que signifie le mot
éternel? quelle sera la nature de la réprobation? Les partisans de la doctrine du rétablissement final,
peuvent aspirer à la restauration harmonique de toutes choses; ils peuvent en trouver une preuve morale
dans l'idée, juste d'ailleurs, qu'ils se font de la bonté de Dieu; une preuve philosophique dans l'instinctive
répulsion qu'on éprouve pour un bonheur éternel fondé sur des débris toujours palpitants et souffrants,
pour l'idée d'une paix éternelle en présence d'un dualisme toujours subsistant, d'une lutte noyée dans la
victoire, mais se montrant encore dans les imprécations des vaincus, et dans cette fumée qui s'élève de
l'étang ardent où ils maudissent encore et toujours le vainqueur; on l'établira avec plus ou moins de
sagesse sur l'apparente disproportion qui se trouverait entre l'offense et la peine (argument que les
éternitaires ont toujours éludé ou faiblement combattu); on en trouvera d'autres preuves enfin, dans une
interprétation équivoque de quelques passages douteux, Ésaïe 45:23; Romains 14:11; Philippiens 2:10;
Actes 3:21; 1 Pierre 3:18, et surtout: Romains 5:12-21... «Par une seule justice justifiante, le don est venu
sur tous les hommes», etc.; 1 Timothée 4:10: «Le Dieu vivant, qui est le sauveur de tous les hommes, et
principalement des fidèles», etc.; 1 Corinthiens 15:28 «Après que toutes choses lui auront été assujetties,
alors aussi, le Fils lui-même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en
tous.»
Quelle que soit la valeur de ces preuves, elles ne peuvent détruire ni l'évidente clarté des passages
indiqués plus haut, ni cet autre sentiment instinctif que corrobore l'expérience, que celui qui est plongé
dans le mal, s'y enfonce toujours plus, à moins du secours d'en haut, qu'il s'y dégrade sans retour, et que
son abrutissement ne saurait avoir d'autre ternie que sa vie.
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