honoré, ils eussent cru se montrer infidèles à sa mémoire s'ils se fussent tournés vers celui dont leur chef
n'avait été que le précurseur; ils annoncèrent encore le Messie, mais ils ne le virent pas, ils ne le reçurent
pas, ils ne le reconnurent pas malgré toutes les manifestations de sa gloire, et de nos jours encore, on
trouve en Orient une secte qui porte le nom des disciples de saint Jean (les Mandéens, Nazaréens, ou
Sabéens), et dont les livres saints sont empreints du gnosticisme le plus complet (Il en est de même aussi
avec la secte Baptiste moderne avec ses fausses doctrines et sa Bible fantôme).
On peut donc regarder comme une tache dans la vie du Baptiste, comme le fruit d'une trop prudente
irrésolution, la prolongation de son ministère de précurseur. C'est aussi peut-être à un affaiblissement
momentané de sa foi que l'on doit attribuer l'étonnante question qu'il lit faire à Jésus par deux de ses
disciples: Es-tu celui qui devait venir, ou si nous devons en attendre un autre? Matthieu 11:2; Luc 7:19.
Quelques auteurs pensent que Jean n'envoya des disciples à Jésus que pour fortifier leur foi incertaine et
les affermir dans la vérité; mais il serait étrange que des hommes aussi dévoués à leur maître n'eussent
pas reçu son témoignage sur ce qui faisait la partie la plus essentielle de son œuvre, et que Jean eût, dû les
persuader en les envoyant auprès de celui dont ils étaient jaloux et en qui même ils ne croyaient pas.
D'autres théologiens pensent que sous la forme d'une question, le prophète qui était dans les fers, voulait
engager le Seigneur à hâter sa manifestation, à accélérer l'exécution de ses plans de miséricorde et de
royauté, à venir le délivrer lui-même de la prison dans laquelle il languissait, n'ayant d'espérance que
dans le Messie, et voyant la réalisation de ces espérances indéfiniment ajournée. Cette dernière
explication se rapproche davantage de ce qui nous paraît être la vérité; mais il faut en retrancher l'espèce
de conseil que Jean aurait l'intention de donner à Jésus. La manière même dont la question est posée
prouve qu'en la faisant, Jean pensait plus à lui qu'à Jésus, plus à sa position personnelle qu'à la mission de
Christ; et c'est dans l'âme du prisonnier plus que dans son esprit que le doute qu'il présente a dû prendre
naissance. L'expérience intérieure, dit Olshausen, peut seule nous faire comprendre la pensée de Jean-
Baptiste. II y a dans la vie de chaque fidèle des moments où les convictions les plus fortes et les mieux
assises viennent à être ébranlées; les ténèbres succèdent à la lumière, et l'on est comme abandonné du
Saint-Esprit; or il est à croire que Jean a eu ses moments de faiblesse et de doute comme nous tous. On
s'habitue trop en général à considérer les caractères bibliques comme étant tout d'une pièce, fermes et
inébranlables; on les divinise trop, et en les élevant trop au-dessus de l'humanité on leur fait perdre ce
qu'il y a pour nous d'instructif dans leur foi triomphant de leurs doutes; en tout cas, on sort de la vérité.
Un seul a vécu sans passer alternativement du bien au mal et du mal au bien; un seul a vécu immuable
dans sa force, parce qu'il était lui-même le Fort, le Puissant; tous les autres ont dû lutter contre les
ténèbres intérieures, et tous ont pu succomber, pour tous il a pu y avoir des jours d'obscurcissement. Et si
l'on se représente le précurseur dans son cachot, on ne sera pas surpris qu'il ait eu ses heures d'angoisses,
qu'en de pareils moments la tranquille et lente activité de Jésus lui ait paru peu divine, suspecte peut-être,
et qu'il ait oublié toutes ses expériences précédentes pour se laisser aborder par des doutes. Mais dans ces
doutes encore, que de confiance dans cette incrédulité, que de foi! C'est à Jésus lui-même qu'il s'adresse
dans son incertitude, et sa question n'est autre que cette prière: «Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon
incrédulité!» Il ne s'interroge pas lui-même, il ne va pas auprès des docteurs et des pharisiens, il va droit à
Jésus. Et certes, celui qui demande à Dieu s'il est Dieu, et au Sauveur s'il est Sauveur, celui-là n'est pas en
dehors de la foi; un seul rayon du ciel dissipera l'obscur nuage qui pèse sur son âme. Aussi ne voyons-
nous aucune contradiction dans les doutes de Jean, et le témoignage que Jésus lui rend immédiatement
après avoir répondu aux deux messagers; c'est bien par rapport à Jean que Jésus dit: Bienheureux celui
qui n'aura pas été scandalisé en moi; mais ces paroles sont tout ensemble un encouragement et un
avertissement. Le Sauveur est bref parce que ces combats intérieurs doivent être livrés intérieurement, et
que le secours même ne peut venir du dehors; il voyait d'ailleurs que, pour Jean, la victoire était proche.
Puis, quand les messagers sont partis, il s'adresse à la foule et leur demande: Qu'êtes-vous allés voir au
désert? Vous n'y êtes certainement pas allés pour voir seulement des roseaux ou d'autres objets de ce
genre: vous avez voulu voir un prophète, et vous l'avez vu; c'est même plus qu'un prophète, c'est l'Élie
qui devait venir. Peut-être aussi le roseau et l'homme vêtu de vêtements se rapportaient-ils directement à
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