l'âme du disciple, et il l'y laissa germer; ce ne fut que quelque temps après, que Jésus, sur les bords de la
mer de Galilée, appela le jeune homme, qui le suivit aussitôt. Il jouit dès lors non seulement de ses
enseignements, mais de son amitié toute spéciale, et Jésus, après lui avoir accordé la faveur d'assister à la
guérison de la belle-mère de Pierre, Marc 1:29, à la résurrection de la fille de Jaïrus, 5:37, à la
transfiguration sur le Thabor, 9:2, et à l'agonie de Gethsémané, 14:33, lui légua encore sa mère en quittant
la vie, Jean 19:26. Il a pu être appelé celui que Jésus aimait, comme Abraham avait été nommé l'ami de
Dieu; et dans les scènes du Calvaire, il lui fut seul fidèle. Sans doute il s'enfuit avec les autres au premier
moment de l'arrestation, mais il revint plus tard (l'anecdote racontée Marc 14:51-52, se rapporte plus
probablement à Marc lui-même qu'à Jean, quoique cette dernière opinion ait ses défenseurs), il entre dans
la cour du palais de justice, il se montre au pied de la croix, lui seul entre les douze, il recueille l'héritage
de son ami, il le voit expirer, il voit l'eau et le sang jaillir d'une blessure qui lui est faite d'un coup de
lance, et il peut sceller le témoignage qu'il rend, de ces paroles: Celui qui le témoigne l'a vu, Jean 19:35.
Au troisième jour il arrive le premier au sépulcre, et il croit le premier à la résurrection de son maître,
Jean 20. Pendant les quarante jours qui s'écoulent entre la résurrection et l'ascension, il demeure avec les
autres apôtres, il fait avec eux le voyage de la Galilée, et lorsque Jésus se fait voir sur les rives du lac, c'est
encore lui qui le reconnaît le premier. Le même jour a lieu la réintégration de Pierre dans l'apostolat, et
Jean, qui avait été le témoin du reniement, fut aussi le témoin du pardon. Après l'ascension de Jésus et
l'effusion du Saint-Esprit, il demeura à Jérusalem, probablement encore quelques années; on le voit
surtout avec Pierre, Actes 3:1; 4:13; 8:14. Ensemble ils guérissent un impotent; ensemble ils sont accusés,
détenus et relâchés; ensemble ils vont bénir la Samarie et faire descendre le Saint-Esprit sur ces bourgades
sur lesquelles Jean, dans le premier zèle de son ignorance, avait voulu faire tomber le feu du ciel, Luc
9:54. Paul, lors de son premier voyage à Jérusalem, avant l'an 40, n'y trouve point Jean, Galates 1:18-19,
mais à son second ou troisième voyage, il l'y trouve fixé et établi, et l'appelle une des colonnes de l'Église,
Galates 2:9. Dès lors le Nouveau Testament garde le silence sur la vie de cet apôtre, dont il ne mentionne
plus que l'exil à Patmos. II paraît qu'il resta à Jérusalem jusqu'à la mort de Marie, dont la date est
incertaine, et que pendant quelques années il vécut missionnaire, évangélisant, à ce que l'on croit, le sud-
est de la Palestine; mais il est probable que plus tard il alla vivre au milieu des Églises de l'Asie Mineure,
et qu'il fixa sa résidence à Éphèse (60-66). Il devint doublement nécessaire dans cette grande ville quand
Paul, et après lui Timothée, eurent abandonné ce champ de travail si important, qui se trouvait placé
comme un point central entre l'Asie et l'Europe. On comprend qu'il ait exercé une suprématie de fait sur
toutes les Églises environnantes. C'est à Éphèse qu'une maison de bains a dû s'écrouler sur Cérinthe, et
que Jean a dû ressusciter un mort, deux miracles qui n'ont rien de surprenant si l'on se rappelle que
l'antiquité lui en attribue un grand nombre, et que la vertu des miracles résidait abondamment dans la
personne des apôtres, si bien que leur ombre même guérissait les malades. On peut reléguer sans risque
au nombre des légendes l'histoire de la coupe de ciguë qui lui fut donnée à boire; cette anecdote ne repose
sur aucune preuve authentique, et nous ne la rappelons que parce que saint Jean est quelquefois
représenté, dans les statues qu'on lui élève, tenant à la main une coupe au fond de laquelle se trouve un
serpent.
Une violente persécution ayant éclaté en 95, sous le règne de Domitien, plusieurs Églises furent privées
de leurs chefs, et Jean fut envoyé en exil à Patmos, l'une des Sporades, non loin d'Éphèse (96). Cet exil est
un fait constant et avéré; il n'est sans doute pas en opposition directe avec la translation de Jean à Rome
sous Domitien, et son supplice dans l'huile bouillante, mais si Tertullien et Jérôme racontent ce dernier
fait, le silence d'Eusèbe et d'Irénée semble le démentir. C'est pendant son séjour à Patmos que l'apôtre fut
honoré de ces magnifiques révélations qu'il écrivit plus tard pour l'édification et l'instruction des fidèles,
— Voir: Apocalypse.
À son retour à Éphèse, Jean trouva l'Église en désordre et ses membres dispersés. C'est là que prend place
l'histoire bien connue, racontée par Eusèbe, Chrysostôme et Clément d'Alexandrie, du jeune homme qui
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