s'est joint à une bande de voleurs et que Jean, déjà vieux, poursuit jusque dans les montagnes. À supposer
qu'en passant de mains en mains, cette anecdote se soit revêtue d'ornements étrangers, comme tout ce qui
passe par les mains de Rome, le fait lui-même n'en parait pas moins avoir eu lieu, et plusieurs
témoignages respectables le confirment. Enfin, Jérôme nous a conservé un dernier trait qui clôt
dignement la sainte carrière de l'ami de Jésus. Vers la fin de sa vie il était trop faible pour se rendre à pied
aux assemblées des frères, il était trop faible même pour parler aux jeunes gens; mais il répétait
cependant toujours: Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres; et quand on lui demandait
pourquoi il insistait sur ce devoir, il répondait: «C'est que c'est le commandement du Seigneur.» Les
anciens sont unanimes à lui donner un grand âge; il a vu, selon Irénée, l'avènement de Trajan, en 98, et il
est mort à Éphèse, où l'on a longtemps montré son tombeau; quoiqu'on l'ait appelé martyr, il ne paraît
pas que sa mort ait été violente. Un malentendu sur les paroles de Christ, Jean 21:22-23, a accrédité parmi
les anciens le bruit que Jean n'était pas mort, et qu'il ne mourrait pas jusqu'à la fin du monde, tandis que
Jésus n'avait parlé que de la destruction de Jérusalem; on l'a en conséquence cherché longtemps sur la
terre, tout en oubliant qu'il parle et qu'il vit encore dans ses écrits. Son grand âge est pour nous un
précieux gage de la canonicité des écrits du Nouveau Testament, et l'on ne peut douter que ce témoin, qui
a vu l'Église se former, n'ait aussi eu l'influence d'un témoin sur les livres qu'on admettait comme
authentiques, et dont on faisait usage dans l'Église, et que le témoignage qu'il a rendu à la vérité des
autres Évangiles n'ait contribué à confirmer aux yeux de tous leur authenticité.
Quant au caractère de Jean, c'est un mélange admirable de force et de douceur; une espèce de charme
l'entoure, c'est le charme des dons de l'esprit, la paix de Jésus, l'humilité, la charité, l'amour, la piété la
plus profonde; c'est le charme d'un grand zèle et d'un grand sérieux, mêlé de douceur et de bonté. Si la
paix est le trait saillant de son cœur et de son activité, ce n'est pas qu'il ait manqué d'énergie, au contraire;
mais ses vertus douces nous font oublier ses vertus fortes, parce qu'il n'est pas dans notre nature de
comprendre à la fois deux extrêmes, et les hommes sont rares qui, renommés pour leur douceur, eussent
écrit ces paroles de 2 Jean 10: «Si quelqu'un vient à vous et qu'il n'apporte point cette doctrine, ne le
recevez point dans votre maison, et ne le saluez point.» Plusieurs traits semblent montrer aussi que, dans
sa jeunesse, et avant d'avoir eu la pleine connaissance de la vérité, Jean avait un caractère plus vif, plus
impétueux, plus ardent qu'on ne se le figure d'ordinaire: cela se voit par son opposition au disciple qui
faisait des miracles sans suivre Jésus, Marc 9:38, par la demande qu'il fait à son maître d'appeler le feu du
ciel sur une bourgade des Samaritains, qui avait refusé de les recevoir, Luc 9:54, par la requête
orgueilleuse de Salomé en sa faveur et en faveur de Jacques, son frère, Matthieu 20:20, enfin par le nom
de Boanergès, q.v., qui fut donné à ces deux frères.
Évangile.
Ce n'est pas une histoire proprement dite du ministère de notre Sauveur; on pourrait l'appeler plutôt ses
mémoires ou ses pensées. Il paraît supposer la connaissance des trois autres Évangiles, et passe sous
silence plusieurs faits rapportés dans ces derniers, la naissance du précurseur, celle du Messie, son
baptême, sa tentation, l'appel définitif de plusieurs des apôtres, le nom qu'il leur donne, leur mission,
l'envoi des septante, un grand nombre de miracles et de paraboles, plusieurs des instructions de Jésus, et
en particulier le sermon sur la montagne, la transfiguration, l'institution de la cène, les angoisses de
Gethsémané, l'ascension; il omet ou se borne à rappeler ce qui est connu, et se montre original dans toute
son étendue. La plupart des faits qu'il rapporte ont eu lieu à Jérusalem ou dans les environs, et il désigne
avec plus d'exactitude que les trois autres évangélistes (synoptiques) le lieu, le temps, les personnes, les
circonstances, les usages. Les miracles qu'il raconte sont principalement ceux qui sont liés aux
enseignements du Sauveur, ou qui ont fait quelque sensation publique. On ne peut nier qu'il n'y ait une
grande différence, entre cet Évangile et les autres, mais encore ne faut-il pas exagérer cette différence,
comme le fait très bien remarquer Tholuck; et si l'image qu'il nous donne des discours, de la vie, de la
personne de Christ, est plus grande, elle n'est cependant pas autre, et De Wette lui-même, qui cherche
plutôt les différences que les ressemblances, avoue que dans ce cas particulier les différences sont dans la
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