Page 891 - Dictionnaire de la Bible de J.A. Bost 1849 - 2014

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difficultés qu'il offre à l'interprétation; une autre cause de ces difficultés provient de certaines
circonstances extérieures, de ce que tous les écrits de Paul sont des lettres relatives à des événements ou à
des opinions que nous ne pouvons apprendre à connaître que par ces lettres mêmes, de ce que l'apôtre
aussi négligeait son style, peut-être parce qu'il dictait. Outre que le style n'est ni poli, ni cadencé, les
phrases ne sont ni formées avec précaution, ni revues avec soin, mais faites ou jetées suivant l'inspiration
du moment.
À ces sources d'obscurité ou de difficultés exégétiques, il faut en ajouter quelques-unes qui sont
intérieures, et tiennent à la pensée même de l'apôtre:
1.
Sa vivacité le portait à des transitions non préparées, à des combinaisons inattendues, et souvent
peu indiquées, de pensées différentes, et lui faisait saisir et présenter avec une égale promptitude certains
arguments de son thème dont la vérité et la convenance ne sautent point aux yeux, et qu'il faudrait avoir
le temps d'expliquer et d'examiner; enfin cette vivacité lui faisait souvent abandonner un sujet
d'importance secondaire, ou une argumentation avant d'être arrivé à l'expression de la conclusion, de
sorte que pour comprendre toute la dissertation, il faut en suppléer la fin.
2.
L'esprit de Paul n'était pas moins fertile que prompt. La vivacité de l'esprit ne fixe pas l'attention
si elle n'est accompagnée d'un fonds de pensées; mais chez Paul, cette richesse de sentiments contribue à
l'obscurité du langage de ses écrits en le rendant profond; il y a des parenthèses, des phrases incidentes
trop prolongées et qui se mêlent insensiblement avec les suivantes, trop chargées; des constructions
diverses, fondues en une seule, parce que les pensées de Paul se poussaient l'une l'autre comme les ondes
d'un fleuve. Mais ce qui décèle encore plus la profondeur de son esprit, et ce qui requiert le plus
d'attention, c'est la coordination de plusieurs pensées, ou de plusieurs séries de pensées que Paul
entrelace, et qu'il poursuit alternativement jusqu'en un point où il laisse tomber l'une ou l'autre, ou bien,
où les deux fils du discours se réunissent par un nœud; il arrive aussi qu'une argumentation ou une
exposition disparaît pour reparaître ensuite comme une rivière qui a passé par-dessous terre. Une autre
propriété de son style, moins étendue que la précédente, consiste, d'une part, dans l'emploi varié des
mots et dans l'accumulation des synonymes, afin de faire connaître tout le contenu de la notion sous ses
diverses formes, et d'autre part, dans des antithèses tranchantes dont Paul augmente encore quelquefois
la pointe par l'emploi antithétique du même mot, afin de bien exprimer la différence et les contrastes, et
de marquer ainsi avec exactitude les limites des notions. Sous ce rapport, il arrive que la même qualité
par laquelle le style de Paul est obscur et difficile, le rend clair et précis. C'est le cas de bien des écrits
émanés d'une intuition profonde et d'une intelligence systématique; étudié à fond, ce qui semblait être
dur, obscur, subtil, apparaît lucide et ferme.
3.
Agissant sur le sentiment comme sur l'intelligence, Paul sait être populaire, même lorsqu'il fait
des expositions dogmatiques; or c'est là ce qui fait l'orateur. Mais cette énergie elle-même exige une
attention redoublée. Nous trouvons dans le tissu de la phrase de Paul des questions, des exclamations,
des argumentations ex concessis, des raisonnements justes, mais qui partent d'un seul point de vue, et
d'une dialectique vigoureuse qui ne finit que par la confusion complète de l'adversaire dont Paul a fixé et
poursuivi les fausses idées et les mauvais sentiments.
Le langage de Paul exige une étude scrupuleuse, parce qu'en partie c'est un langage nouveau qu'il a dû
créer lui-même ou que le christianisme a créé. Dans l'exhortation, ce langage est approprié au sujet, étant
tantôt sévère, tantôt touchant. Le grand talent oratoire de Paul, malgré le peu de soin et d'art qu'il a mis
dans ses écrits, est incontestable; il avait dit lui-même qu'il ne voulait pas faire l'orateur, toutefois il
produisait de tels effets qu'on le prit un jour pour Mercure, le dieu de l'éloquence. Personne, sous ce
rapport, n'a mieux fait l'éloge de Paul que Bossuet; mais avant lui déjà, Longin, littérateur païen, avait
compris la puissance de ce génie chrétien, et après avoir énuméré les grands orateurs de la Grèce il dit:
«On peut y ajouter Paul de Tarse, le premier qui se soit servi du dogme sans les preuves», jugement assez
juste dans la bouche d'un païen; (on a contesté l'authenticité de ce passage, mais Hug l'a démontrée dans
son Introduction au Nouveau Testament II, 334)
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